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comment la « stratégie redoutable » de Marine Le Pen a fait d’elle une prétendante à la victoire finale

Déjà, jeudi 7 avril, dans l’avion qui les emmène à Perpignan (Pyrénées-Orientales), pour le dernier meeting de Marine Le Pen avant le premier tour de l’élection présidentielle, les proches de la candidate du Rassemblement national ne cachaient plus leur optimisme. Car leur championne s’envolait dans les sondages, menaçant même de dépasser Emmanuel Macron au premier tour.

Finalement, le président sortant est arrivé en tête des suffrages, dimanche 10 avril, avec 27,6% des voix, selon une estimation Ipsos-Sopra Steria pour France Télévisions. Marine Le Pen, elle, a recueilli 23% des votes, réussissant comme en 2017 à se qualifier pour le second tour.

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« On est très sereins, beaucoup plus qu’en 2017 », confiait Jordan Bardella, président du Rassemblement national. « Je suis persuadé qu’elle sera la prochaine présidente de la République. » Dans le camp de Marine Le Pen, on ne s’interdit plus de rêver à la victoire finale dans deux semaines. « Le 24 avril, ce sera un choix fondamental entre deux visions opposées du pays : soit la division et le désordre, soit le rassemblement des Français », a réagi la candidate d’extrême droite face à ses partisans, après l’annonce des résultats du premier tour.

Prise de parole de Marine Le Pen au soir du premier tour de l’élection présidentielle 2022 où elle se qualifie en seconde position pour le second tour, au Parc Floral à Vincennes, le 10 avril 2022. (PIERRE MOREL / PIERRE MOREL)

>> Election présidentielle 2022 : retrouvez tous les résultats du 1er tour en temps réel

Cela fait quelques semaines que le premier tour n’est plus vraiment une question pour l’entourage de la candidate d’extrême droite, qui n’a d’yeux que pour le 24 avril. Comment faut-il aborder ce match retour face à Emmanuel Macron, large vainqueur en 2017 ? Quel duel faut-il livrer au président sortant lors du fameux débat de l’entre-deux-tours ? Il y a cinq ans, elle avait reconnu sur France 2 avoir « raté un rendez-vous important ».

La débâcle du second tour, perdu avec 34% des voix contre 66% pour Emmanuel Macron, a secoué le parti. « Juste après le débat raté, lors d’un dîner, elle nous a dit : ‘Dites-moi si c’est fini, s’il faut que j’arrête la politique et que je fasse autre chose’. Evidemment, on lui a répondu que non », relate aujourd’hui un cadre du RN.

« Rapidement après son échec de 2017, elle se rend compte qu’il y a encore quelque chose à faire mais qu’il faudra mieux se préparer et changer beaucoup de choses. »

Un dirigeant du Rassemblement national

à franceinfo

Avant de repartir au combat avec sa « machine de guerre », dixit un proche, la fille de Jean-Marie Le Pen veut en changer l’apparence. « Elle dit assez vite qu’il faut se détacher du FN à l’ancienne de papa pour sortir de l’image outrancière que peut parfois renvoyer ce parti », retrace un cadre. Le Front national devient le Rassemblement national en 2018 et Jordan Bardella, 23 ans seulement, en devient sa tête de liste aux élections européennes de 2019.

Elle change également de méthode pour sa troisième tentative à l’élection présidentielle. Dans une France marquée par la crise des « gilets jaunes », Marine Le Pen affiche sa volonté de faire campagne au plus près du terrain, à bas bruit, presque sous les radars médiatiques affolés par l’émergence d’Eric Zemmour, à l’été 2021. Une opération « 5 000 marchés » est lancée en janvier 2022, avec une vingtaine de bus chargés de sillonner la France.

En parallèle, face à la campagne selon elle « trumpienne » de l’ex-polémiste, Marine Le Pen poursuit la longue entreprise de dédiabolisation de son parti. « En 2012 et 2017, elle a fait des campagnes de contestataire. Cette année, elle a réalisé une campagne-thérapie, après un quinquennat de crise permanente, pour apaiser les Français », analyse Raphaël Llorca, auteur des Nouveaux masques de l’extrême droite (éd. de l’Aube). « Je suis lassée du bruit et de la fureur. J’ai envie d’efficacité et de sérénité », vante-t-elle auprès du Figaro, début février. En contraste, Eric Zemmour privilégie la polémique permanente et la saturation de l’espace médiatique.

Cette stratégie atypique de l’ancien polémiste séduit une partie des personnalités du Rassemblement national, qui le rejoignent au cours de l’hiver, comme Gilbert Collard, Jérôme Rivière et même Marion Maréchal, début mars. « Ce sont des emmerdeurs et on est bien contents de s’en être débarrassés », savoure début avril un membre du premier cercle de Marine Le Pen. Nicolas Bay, ancien cadre du RN, hérite du surnom douteux de « Nicollabo » chez les proches de la candidate. Pensés pour affaiblir la candidate du RN, ces ralliements ne produisent aucun effet dans les enquêtes d’opinion. Eric Zemmour commence même à dévisser.

Six mois plus tard, le candidat de Reconquête enregistre une baisse de sa dynamique, tout comme Valérie Pécresse, retombant aux alentours de 10-11%, comme le montre l’agrégateur de @BriceLeBorgne et @math_lehot sur @franceinfoplus, ici > https://t.co/T1AQmvC92r [4/14] pic.twitter.com/rvb88FVkyy

— Thibaud Le Meneec (@LeMeneec) March 22, 2022

Survient alors la guerre en Ukraine menée par la Russie. Celle qui a tant loué la politique de Vladimir Poutine va-t-elle s’effondrer ? La stratégie choisie est celle de l’effacement, tout en défendant l’accueil des réfugiés. « Elle a été très stratégique : elle a senti que la question était différente de la crise de 2015 », souligne le politologue Gilles Ivaldi, spécialiste de l’extrême droite. « Dès le début, elle comprend comment la société réagit », abonde Raphaël Llorca. Contrairement à 2017, elle prend ses distances avec le président russe avec qui elle n’a, dit-elle, « pas de lien d’amitié ».

Ce n’est pas le seul changement : pour se crédibiliser, Marine Le Pen mise tout sur le pouvoir d’achat, quitte à laisser Eric Zemmour préempter l’immigration et l’identité. « Quand elle a commencé à parler de ça, tout le monde s’est moqué d’elle. Elle a eu du pif car cette thématique était la bonne », se félicite Sébastien Chenu, député RN. Mais derrière la baisse de la TVA à 5,5% sur les prix de l’énergie ou l’exonération de l’impôt sur le revenu pour « tous les jeunes jusqu’à 30 ans », « son programme n’est pas sensiblement différent des précédents », observe Gilles Ivaldi. L’ex-avocate défend toujours la « priorité nationale » et veut « rendre aux Français leur pays », par exemple.

« Au-delà du ripolinage, ça reste un programme d’extrême droite »

Raphaël Llorca, expert associé à la Fondation Jean-Jaurès

à franceinfo

La radicalité des propositions lepénistes peut-elle faire réagir une partie de la gauche à l’approche du second tour ? « Même si le front républicain est encore plus affaibli qu’il y a cinq ans, il est certain qu’il se mettra quand même en place », analyse Mathieu Gallard, directeur d’études à Ipsos. « Je ne vois pas du tout les électeurs de gauche se lever pour aller sauver la peau d’Emmanuel Macron, qu’ils haïssent, au second tour », réplique Sébastien Chenu. « Sa grande bataille, c’est de gagner la bataille de l’abstention et de la démobilisation », décrypte Raphaël Llorca. Dimanche 10 avril, Marine Le Pen a appelé « tous ceux qui n’ont pas voté pour Emmanuel Macron » à la « rejoindre ». « Les mécontents iront voter pour elle. C’est une stratégie redoutable », anticipe Raphaël Llorca. Emmanuel Macron est prévenu.

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