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Assises de Perpignan : le videur de boîte de la boîte de nuit l’Uba condamné pour un coup de tête mortel

Au terme de trois jours de procès et 2 h 30 de délibération, les jurés ont reconnu ce vendredi 15 avril  l’ex portier de la discothèque l’UBA à Perpignan coupable de  » violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner « . L’un des cogérants, poursuivi pour  » non-assistance à personne en danger « , a été acquitté.

Un drame. Un samedi soir à la discothèque l’UBA à Perpignan. Un client, Jalil Ez-Zayany, 37 ans, inanimé durant plus de 2 minutes devant l’entrée après avoir reçu un coup de tête de la part du portier, puis retrouvé mort au petit matin dans son hôtel. Un videur et un co-gérant de la boîte de nuit à la barre des assises, huit ans plus tard. Et deux thèses qui se sont affrontées durant ces trois jours de procès, pour faire parler au plus fort les images muettes des caméras de l’établissement.
D’un côté, l’accusation en est convaincue.  » Les images sont là. La cause du décès est le coup de tête que Philippe M. a porté à la victime « .  » Sa culpabilité est incontestable « , estime l’avocat général, tout comme celle du cogérant de la boîte de nuit Sébastien H. qui, selon lui,  » s’est abstenu volontairement d’intervenir et d’appeler les secours alors qu’il n’était confronté à aucun danger pour lui-même « . Et de requérir  » une peine qui ne saurait être inférieure à 8 ans « , soit de 8 à 9 ans de prison contre le physionomiste et de 3 ans de prison contre le gérant-associé.

« Qui peut me dire s’il n’a pas été agressé avant ou après ?  »

Sans pour autant faire plier la défense. Notamment Me Kamel Benamghar, l’avocat du physionomiste qui, dans ces bribes de vidéo, veut plutôt voir l’ombre du  » doute raisonnable « . Celui qui doit profiter à l’accusé.  » Quand on retrouve Jalil Ez-Zayany au pied de l’escalier de l’hôtel, ses vêtements sont maculés d’énormes traces de sang alors que sur les caméras qui ont suivi son parcours depuis la discothèque, il n’y en a aucune auparavant. On sait que la victime avait des billets sur lui, environ 300 euros, où est passé cet argent ? Pourquoi présente-t-il autant d’hématomes sur le visage ? D’où viennent ces marques ? Qui peut me dire s’il n’a pas été agressé avant ou après ? « . L’avocat distille les interrogations, pour mieux camper ses certitudes quant aux regrets et à la sincérité de son client.  » Cet homme est éligible à rester en dehors des murs de la prison. Cette prison qui, à Perpignan, est particulière, à 4 dans moins de 9 m2, avec des matelas au sol. Quand l’espace minimum imposé en France est de 5 m2 pour un animal, c’est la loi. Dans le pays des droits de l’homme… Je vous demande d’accompagner Philippe M. et cette famille endeuillée vers autre chose que l’injustice 3.
Les jurés ont finalement entendu à demi sa requête et ont abaissé les réquisitions pour prononcer une peine de 5 ans de prison ferme, sans mandat de dépôt.
Ils ont en revanche suivi à la lettre l’argumentaire de Me Christian Bayekola, plaidant la relaxe pour le cogérant de la discothèque, Sébastien H.  » L’infraction n’est pas caractérisée. Il n’y a aucune volonté délibérée de ne pas porter secours. Il n’a pas assisté à la scène du coup de tête et s’il avait vu des signes de détresses neurologiques chez la victime, il aurait agi. Tout comme, tous ces gens qui sont passés devant lui « , a-t-il détaillé, décrochant l’acquittement.

 » Jalil était toujours là pour nous  »

Jalil Ez-Zayany qui occupait ponctuellement des emplois saisonniers dans la restauration, vivait à Irun et revenait régulièrement dans les P.-O. où réside une partie de sa famille. Comme ce 22 février 2014 où il avait loué une chambre d’hôtel à Perpignan afin de sortir en boîte de nuit, notamment à l’UBA où il était considéré comme un habitué.
 » Jalil aimait simplement faire la fête et la cuisine aussi. On sortait avec lui en boîte et il n’allait jamais chercher de problème à personne. Il était toujours aimant et bienveillant et plein d’humour. Toujours là pour nous. Il prenait soin de tout le monde avant de penser à lui. Prêt à donner sa chemise et ses cinq derniers euros. Ce que l’on gardera de lui, c’est son sourire, ont raconté ses proches (assistés par Mes Nicolas Nassier et Roxane Cesari) déversant leur torrent de larmes à la barre et réclamant cette justice qu’ils attendent depuis 8 ans.  » C’est une mort bête, oui, mais ça aurait pu être évité. On ne peut pas nous dire, c’est fait et c’est comme ça. Personne ne mérite de mourir pour vouloir s’amuser. On était cinq frères et sœurs, il nous en manque un comme un des doigts de la main « .
 » Pour le garder encore un peu « 
Tous unis et brisés comme ils l’étaient autour du lit d’hôpital et de Jalil relié à un respirateur, à lui parler à l’oreille et à prier pour qu’il les entende et qu’il se réveille. Le père, amputé d’un enfant qui tient debout pour porter la famille. La mère hurlant sa douleur, qui espère qu’un jour un enfant de Jalil va frapper à sa porte pour y voir une petite ressemblance, un peu de lui, du sang de Jalil  » pour le garder encore un peu « . Il y a aussi Rachid, l’aîné, et sa culpabilité d’avoir eu à décider de débrancher les machines, qui continue d’appeler Jalil sur son téléphone portable pour lui souhaiter son anniversaire et a donné son prénom à son fils. Rida, le cadet, militaire de carrière qui a connu la guerre et qui avait toujours cru qu’il partirait le premier.
Ilham, à qui Jalil avait fait la surprise de venir la voir fin janvier 2 014 en région parisienne pour l’aider à accrocher ses rideaux. Et enfin Anissa qui le 22 février s’est jeté dans le train de nuit pour rallier Perpignan, sans y croire, enceinte de 7 mois d’une petite fille qu’elle a appelée Jalila. Pour qu’au-delà de leur frère, ils ne perdent pas aussi son prénom.

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