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Tournoi des Six Nations – Marc Lièvremont, ancien sélectionneur du XV de France : « Douze ans sans Grand Chelem… Il est temps que ça s’arrête »

Marc Lièvremont, sélectionneur de l’équipe de France de 2007 à 2011, suit avec passion et professionnalisme, en qualité de consultant pour Canal +, l’évolution du collectif mené par Fabien Galthié, et loue ses qualités. Il s’attend à un combat féroce à Cardiff vendredi… avec en ligne de mire un Grand Chelem pour les Bleus ? Douze ans après celui que l’Argelésien a décroché.

Marc Lièvremont, comment un ancien sélectionneur de l’équipe de France suit-il le Tournoi des Six Nations ? 

Je crois que je n’ai pas raté un match depuis… toujours en fait. Si j’ai dû être détaché de l’équipe de France, c’est avant que je sois entraîneur peut-être. Je ne sais pas si c’est par passion, par intérêt, par conscience professionnelle, mais il me paraît évident de regarder tous les matches. Depuis deux ou trois ans et l’arrivée de cette nouvelle génération, il n’y a pas besoin de beaucoup me forcer pour regarder les matches de l’équipe de France. Je ne vais pas vous étonner en vous disant que cette équipe de France est extrêmement séduisante par rapport au rugby qu’elle produit, à l’état d’esprit qu’elle dégage. C’est un mélange de plaisir, de fierté, de satisfaction d’un supporter ou d’un passionné de rugby lambda. À titre personnel, vu mon histoire en tant qu’ancien joueur et qu’ancien sélectionneur, je fonde beaucoup d’espoir sur cette équipe de France. 

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Serait-ce presque le profil de la génération emmenée par Antoine Dupont qui vous encourage à la suivre aussi assidûment ? 

Les joueurs me plaisent, c’est vrai. Quand j’entends parler Julien Marchand, Cyril Baille, Antoine Dupont, on les sent investis, ils sont talentueux. Pour beaucoup d’entre eux, il y a le bon dosage entre le talent, la complémentarité, l’humilité, l’ambition saine individuelle et collective, le respect, l’amitié entre eux. Il y a les connexions via le Gers, Toulouse… Il y a des satellites. Et une dynamique extrêmement intéressante autour d’eux, de leur progression et du rugby français. 

C’est-à-dire que ces joueurs en figures de proue seraient le reflet de l’évolution du rugby français ? 

Objectivement ces dernières années, le modèle professionnel du rugby français avec cette équipe de France qui doit en être la locomotive est en évolution, oui. Il y a aussi le rugby féminin qui est extrêmement compétitif, le rugby à 7. D’ailleurs la médaille d’argent ramenée des Jeux Olympiques par les filles est à saluer. Et avec le Top 14, voire la Pro D2, où il se passe énormément de choses, on s’ennuie de moins en moins. Il n’y a pas toujours de grand spectacle, mais il y a du suspense. Le feuilleton est incroyable. 

Forcément, vous auriez aimé guider ces jeunes…

N’importe quel entraîneur rêverait d’avoir des joueurs aussi bons et aussi investis ! Qui ont l’air d’être de chouettes personnes aussi. Avec certains, il y a des connexions plus personnelles. Romain Ntamack je le connais depuis petit, c’est un bon gosse. J’ai joué avec le père de Romain Taofifenua. Ça rend cette équipe de France encore plus sympathique. Mais c’est une question que je ne me pose même pas. Déjà par nature, je me sens extrêmement privilégié d’avoir vécu la vie que j’ai vécue autour du rugby, c’est-à-dire depuis l’école de rugby d’Argelès-sur-Mer jusqu’à aujourd’hui où je vis de ma passion en tant que consultant à la télévision. Je ne me suis jamais inscrit dans une forme d’ambition personnelle. Je me suis battu pour défendre des projets, oui. Mais comme je n’avais pas d’attentes… Dire que j’aurais aimé les entraîner voudrait dire que j’ai regretté la génération que j’ai entraînée, alors que j’ai passé d’excellents moments même si le contexte était différent. Mais il n’y a ni aigreur, ni regret, ni jalousie par rapport à ça. Juste le sentiment d’avoir vécu de belles choses. 

Vous dites ne ressentir ni aigreur, ni regret de votre passé de sélectionneur. Peut-être de la nostalgie concernant votre vie de joueur ? 

Non, non ! J’ai la chance de savoir apprécier ce qui m’est arrivé. Je me dis souvent que j’ai été un privilégié quand je vois les opportunités que la vie m’a offertes et auxquelles je n’aspirais même pas. Je regarde cette équipe de France avec beaucoup de plaisir et je lui souhaite le meilleur évidemment. À court terme de gagner le Tournoi et au mieux de faire un Grand Chelem. Et à moyen terme, un titre de championne du monde en 2023. 

Le troisième ligne que vous étiez apprécie-t-il cette valeur combat louée chez cette équipe de France ? 

C’est tellement plus facile de parler de l’équipe de France qu’il y a quelque temps car on est tenté d’être dithyrambique à tout point de vue. Ma conception du rugby, et de tous les amateurs je pense, c’est que le combat collectif est l’ADN de ce sport. Pour qu’il y ait du combat collectif, il faut de l’amitié. Et en plus de tout cela, cette équipe a la culture du beau jeu et de la gagne. Grâce à ce combat, le rugby reste un sacré sport. J’ai envie de dire, un putain de sport. Il est spectaculaire et il ne renie pas cette dimension de combat collectif qui a fait la renommée du rugby. Il y a de la noblesse chez ces combattants, ces combattants-attaquants car il y a de la polyvalence. Cette équipe de France réunit toutes ces qualités : elle a une dimension de spectacle et de combat avec des avants très costauds, très mobiles. 

Au fond, les choix de jeu de l’actuel sélectionneur Fabien Galthié ne seraient-ils pas similaires à ceux que vous prôniez ? 

Fabien est un très grand technicien. Il a une volonté de produire. Mais aussi il fait preuve de pragmatisme car c’est un compétiteur. Cette équipe de France répond à beaucoup d’idéaux de jeu de manière individuelle, sur du rugby construit. Elle sait s’adapter à tous les styles de jeu, à son adversaire. Elle impose aussi son rugby avec des séquences longues. Elle peut générer du désordre et des exploits avec le talent individuel des attaquants Dupont, Penaud, Ntamack. Elle peut punir avec sa défense et ses contre-attaques. Elle rivalise devant et fait déjouer des paquets d’avants. 
Moi j’étais certainement plus naïf et idéaliste que lui. Cela m’a peut-être desservi. Après 2007 et des Sud-Africains champions du monde, on sort d’une chienlit et d’un rugby peu spectaculaire. J’étais convaincu avec mon staff que le rugby devait changer. D’emblée, on était critiqué. J’étais un sélectionneur très jeune et on avait interdit à nos joueurs de jouer au pied. C’est quand même une conception presque dingue du rugby aujourd’hui pour forcer à tout jouer à la main. Quand j’y repense, c’est chouette de l’avoir fait même si ça n’a pas été comme ça sur l’ensemble du mandat, on a dû revoir à la baisse nos ambitions. Et quand on voit que Fabien a basé le jeu sur la dépossession lors de son premier Tournoi… Quelque part, il a raison. Le pragmatisme est incontournable au plus haut niveau.

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Parlons des Gallois à présent. Ce sont les tenants du titre, ils seront chez eux un vendredi soir, ils enregistrent les retours du légendaire Alun Wyn Jones et de l’excellent Josh Navidi, ils ont connu un revers face à l’Angleterre… Ne sont-ils finalement pas plus dangereux que jamais ?

Oui, ils sont très dangereux. Mais si la France réalise le Grand Chelem, elle se le sera pelé quand même car les Ecossais il fallait les battre à Murrayfield. L’Irlande battue au stade de France est pour moi l’une des meilleures depuis bien longtemps. Ça va être féroce à Cardiff. Le Pays de Galles a d’ores et déjà loupé son Tournoi : il a été bousculé face à l’Irlande, étrillé face à l’Angleterre. Mais il reste très compétitif ces quatre dernières années. Il a fait plusieurs Grands Chelems cette dernière décennie. Une nouvelle défaite à domicile face à l’équipe de France, ça serait catastrophique. On peut imaginer le désordre psychologique. Même si les Gallois sortent de leur meilleure mi-temps face à l’Angleterre en revenant en inscrivant trois essais, collectivement, je les trouve moins bons. Il y a deux divisions d’écart avec l’équipe de France. Mais ils ont beaucoup de très bons joueurs qui reviennent à leur meilleur niveau, Ashley Williams, Jonathan Davies; Toby Faletau, Ross Moriarty. On a vu quelques faiblesses sur les ballons hauts en équipe de France. Quand on sait la qualité de jeu de Dan Biggar ou de Liam Williams, on va être arrosé, c’est sûr. Mais on la marche de manœuvre nécessaire pour pallier ça. L’équipe de France ne va pas préparer le match en se disant que cette équipe du Pays de Galles est moribonde. Mais honnêtement, elle est très très prenable. Si les Bleus gagnent à Cardiff, ça sera un exploit. 

Donc, prêt à céder cette année plus que jamais le dernier titre de Grand Chelem de l’équipe de France ? 

Vous pensez bien que je ne cède rien du tout, ce Grand Chelem ne m’appartient pas. Il appartient à l’Histoire de cette équipe de France. C’est presque une erreur à réparer après une période sans Grand Chelem ni de victoire du Tournoi. Je n’ai jamais souhaité la défaite de personne, et encore moins pour l’équipe de France. J’étais immensément heureux de faire le Granc Chelem à l’époque, mais il est temps que ça s’arrête. Dans quinze jours ? 

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