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Saint-Laurent-de-la-Salanque : deux semaines après la tragédie, l’activité commerciale peine à reprendre ses droits rue Arago

Seize jours après, la tristesse et la désolation n’ont pas quitté la rue Arago à Saint-Laurent-de-la-Salanque, sombre théâtre de l’incendie-explosion qui a soufflé la vie de huit personnes dont deux enfants le 14 février dernier.

Vendredi dernier, après le départ des enquêteurs de la gendarmerie qui ont terminé leurs prélèvements et constatations, les grandes bâches noires qui protégeaient le site de la rue Arago des regards indiscrets ont été enlevées et l’accès à la zone sinistrée où plane toujours l’odeur terrible du feu, a été ouvert. Quelques barrières, ornées de fleurs, de peluches et de dessins d’enfants, encerclent encore les ruines rongées par les flammes des immeubles situés aux numéros 9 et 11 et, au rez-de-chaussée,  l’épicerie et la rôtisserie mitoyenne entièrement calcinées. Impossible, dès le premier regard, d’envisager un avenir in situ pour ces enseignes.

Mais, ce mercredi, c’est toute l’activité économique des alentours, déjà au ralenti avant la tragédie, qui semble peiner à reprendre ses droits. Si l’autorisation a été donnée à la plupart des habitants relogés, beaucoup n’ont pas réintégré leur appartement pour l’heure. D’autres, traumatisés, ne reviendront jamais. L’artère demeure quasi déserte et les rideaux de fer des commerces, encore distordus par la déflagration, sont désespérément baissés devant les vitrines brisées. Seule la société d’ambulance a rouvert malgré « quelques réparations à effectuer sur la porte d’entrée et les fissures qui apparaissent peu à peu sur les murs ». L’agence de l’assurance Allianz,  dévastée, ne peut accueillir le public mais maintient ses services en télétravail. Le bar PMU affiche porte close. À quelques pas, chez Paulet, le snack de vente à emporter, un panneau sur la devanture annonce une réouverture pour ce samedi 5 mars. Devant La cabane du coiffeur, des travaux paraissent engagés. Et un petit mot accolé sur  » le comptoir des saveurs » prévient les clients : « Des expertises sont toujours en cours et nous sommes obligés de rester fermés ». Jusqu’à quand ?

Pour tous, le problème est le même. Les spécialistes mandatés par les assurances peuvent tout juste accéder aux lieux et les évaluations de l’ampleur des dégâts mais aussi concernant les bâtiments qui ont bien souvent bougé ou ont du moins été fragilisés, débutent à peine. Pas le choix pour les professionnels de la rue Arago, il faut s’armer de patience. Le temps d’obtenir ces rapports dans quelques semaines, voire quelques mois, et de pouvoir enfin déterminer si des travaux sont réalisables ou s’il faut définitivement mettre la clé sous la porte. Pour partir ailleurs… Certains seraient d’ailleurs déjà en pourparlers avec les bailleurs de locaux vacants sur la commune pour délocaliser sans tarder leur activité. 

Je ne peux même passer dans la rue. L’émotion est trop forte

« C’est sûr, ça va durer un moment, déplore résigné le maire de Saint-Laurent Alain Got. Ces estimations sont toujours très longues surtout quand il y a des sommes importantes en jeu. On essaye d’accompagner ces commerçants au mieux, avec le relais de la CCI mais aussi de régler toutes les problématiques qui se font jour, avec le soutien de la préfecture, surtout par rapport à tous ceux qui ont absolument tout perdu ».

« On ne sait pas combien de temps ça va durer. Tout est détruit, on se doute bien que l’on ne pourra pas rouvrir mais qu’on nous le dise officiellement, confie la responsable de la rôtisserie qui avait monté son affaire depuis un an à peine. De toute façon pour moi, à cet endroit-là, c’est impossible. Je ne peux même pas passer dans la rue, l’émotion est trop forte. On a tout perdu mais en plus, les gens décédés, on les connaissait, ce n’est pas pareil.  » 

En face, la situation est tout aussi affligeante pour Olivier qui a ouvert voilà 13 ans son restaurant le Saïgon pour faire vivre toute sa famille. Du travail de toutes ces années, il ne reste strictement plus rien. Des murs éventrés, du mobilier fracassé et un pigeon qui piétine le chaos. « Je n’aurais jamais imaginé ça, se souvient-il devant son pas-de-porte. J’ai récupéré le rapport d’expertise ce matin. Je ne peux pas réintégrer les locaux et le propriétaire qui est un organisme HLM a décidé de mettre fin immédiatement à mon bail qui était signé jusqu’en 2023. Et il me faut reprendre le travail pour pouvoir être indemnisé de la perte d’activité ». De fait, le restaurateur a lancé un appel sur les réseaux sociaux à la recherche d’une nouvelle adresse à Saint-Laurent, ou Torreilles, ou même Claira…. « En 2020 avec le Covid, on a été les premiers à morfler. C’est un cauchemar. Bien sûr, là, il y a le côté destin mais ça fait vraiment trop ».

Aurélie, elle, doit fêter en juin les 8 ans de son institut de beauté. Un magasin totalement soufflé comme l’appartement, situé au-dessus, qu’elle occupait avec son mari et ses enfants. « Chez nous, la baie vitrée a été brisée et un mur s’est fendu. On ne peut pas rester à cause du froid, explique-t-elle. Une cliente m’a prêté un appartement et le coiffeur plus haut dans la rue m’a proposé un espace pour faire de l’onglerie, en attendant. On se débrouille avec les assurances mais on ne pourra pas s’arrêter là. On a déposé plainte contre X. Et le vrai recommencement pour nous, sera quand l’enquête sera finie, quand on saura ce qui s’est passé ».

Ce mercredi, les rapports des experts de la gendarmerie n’avaient toujours pas été communiqués, confirmait le procureur de la République de Perpignan. Pour savoir enfin si l’origine du drame est accidentelle ou criminelle, il faudra donc là aussi attendre du côté de la rue Arago.

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