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REPORTAGE. A Lyon, les partisans de Jean-Luc Mélenchon croient au rassemblement de toute la gauche derrière leur candidat

Le sprint est engagé. A trente-cinq jours du premier tour de l’élection présidentielle, la stratégie de Jean-Luc Mélenchon se veut limpide : tendre la main aux électeurs de toute la gauche pour espérer les rassembler derrière lui. Et ainsi, se qualifier pour le second tour.

A Lyon, ce week-end, le candidat de La France insoumise (LFI) a multiplié les signaux pour tenter de convaincre les électeurs de gauche de le rejoindre. Un hommage à Jean Jaurès, samedi à Vaise, dans cet ancien quartier industriel lyonnais, où le leader socialiste avait prononcé son dernier discours sur la paix avant son assassinat en 1914. Et une prise de parole, dimanche, devant près de 10 000 sympathisants rassemblés à la Croix-Rousse, l’ancien quartier populaire des ouvriers de la soie lyonnais. 

Le choix de « la colline qui travaille » n’est pas anodin et n’a pas échappé à Michel et Catherine, deux retraités isérois qui votaient socialiste jusqu’à présent. « La Croix-Rousse et Jean Jaurès, cela nous parle beaucoup en tant qu’électeurs de gauche, mais si on a choisi de voter pour lui, c’est surtout parce qu’il est le mieux placé pour gagner », assurent-ils, reprenant en chœur « le chant des Canuts » entonné par le candidat.

L’ancien ministre socialiste de Lionel Jospin continue en effet de faire la course en tête dans les sondages à gauche. Une récente étude Ipsos-Sopra Steria pour le Cevipof et la Fondation Jean-Jaurès le place même pour la première fois en quatrième position (12%), juste devant Valérie Pécresse, la candidate des Républicains (11,5%) et à un point seulement d’Eric Zemmour, l’ancien polémiste d’extrême droite (13%). 

« Il y a une dynamique sondagière pour lui. Jean-Luc Mélenchon a définitivement quitté la zone des 9 à 10%. Il n’est donc pas interdit de penser, dans un contexte assez comparable à celui de 2017 et avec un électorat de gauche qui redoute d’être à nouveau humilié, qu’il progresse encore. »

Bruno Cautrès, politologue membre du Cevipof

à franceinfo

Autre atout pour Jean-Luc Mélenchon sur ses poursuivants à gauche : le récent soutien de la Primaire populaire. Cette initiative citoyenne qui avait permis à Christiane Taubira de légitimer sa candidature fin janvier, avant qu’elle ne jette finalement l’éponge, faute de parrainages suffisants, a décidé de se ranger derrière « l’Union populaire, le meilleur véhicule politique pour faire gagner nos idées à la présidentielle ». Un choix étonnant alors que Jean-Luc Mélenchon avait durement critiqué et rejeté cette initiative, comparant ses organisateurs à « des rigolos qui veulent lui nuire ». Pour Yves, assistant pédagogique présent au meeting, « cette force militante va incontestablement lui permettre de grimper dans les sondages et de convaincre encore un peu plus d’électeurs de gauche de le rejoindre ».

Mais pour attirer un maximum d’électeurs de gauche dans ses filets, Jean-Luc Mélenchon, qui propose la mise en place d’une VIe République, doit encore élargir son électorat. « Il a voté le traité de Maastricht en 1992 et a participé à un gouvernement qui a beaucoup privatisé. Il faut donc qu’il se rappelle qu’il vient du PS et qu’il arrête de lui taper dessus. S’il ne se soucie pas des autres candidats de gauche et continue sa campagne, les électeurs socialistes ou écologistes se tourneront vers lui naturellement », estime Ahcene, un enseignant dans une école de la banlieue lyonnaise, qui a tenu à faire le déplacement, ce dimanche.

Comme s’il avait été entendu par ce sympathisant, Jean-Luc Mélenchon a justement promis dans son discours à Lyon de « sortir du nucléaire et de faire 100% d’énergies renouvelables ». Un clin d’œil aux électeurs de Yannick Jadot. Avant de viser, quelques minutes plus tard, ceux d’Anne Hidalgo. 

« Monsieur Macron dit vouloir donner la priorité à l’école. On a vu ce que ça a donné avec l’hôpital ! Pour ma part, j’abrogerai Parcoursup. »

Jean-Luc Mélenchon, candidat à l’élection présidentielle

en meeting à Lyon

Mais revêtir le costume de rassembleur de toute la gauche reste un défi immense pour celui qui bouclera, dans cinq semaines, sa troisième campagne présidentielle. Si le tribun excelle sur les plateaux de télévision et est capable de lever les foules en meetings, le candidat reste clivant. Ses positions ambiguës sur Vladimir Poutine avant l’invasion russe en Ukraine laissent des traces.

« Même si la dynamique à gauche est incontestablement chez lui, il existe un vrai sentiment de rejet de sa personne en raison de ses positions radicales, analyse Emmanuel Rivière, directeur international pour les Études politiques de l’Institut Kantar Public. L’épisode de la perquisition du siège de son parti n’a pas été digéré par tous les Français également. »

Sur la guerre en Ukraine, le candidat de La France insoumise a tenu à clarifier ses positions ce dimanche à Lyon. « J’ai dit non à la guerre du Golfe, pour les mêmes raisons, non aligné que je suis, je ne veux pas de la guerre de monsieur Poutine ni de son ordre mondial. » Il a à nouveau proposé, dans ce même discours, que la France sorte de l’Otan.

Les rivalités politiques avec les communistes (PCF) et le maintien de leur candidat, Fabien Roussel, risquent également de priver l’insoumis de second tour, le 10 avril. Crédité de 4% d’intentions de vote, selon les derniers sondages, Fabien Roussel aurait pu être un allié de taille pour Jean-Luc Mélenchon, comme en 2017, où le PCF n’avait pas envoyé de candidat à la présidentielle. « Fabien Roussel tient son Graal et ne se retirera pas, car il pourrait enfin laver l’honneur de son parti face au PS en étant le premier candidat communiste à arriver devant socialiste, avance le politologue Bruno Cautrès. Jean-Luc Mélenchon a essayé de négocier avec lui avant que ce dernier décolle dans les sondages. Mais maintenant, c’est trop tard. »

Pour porter le flambeau de la gauche et espérer rassembler un maximum d’électeurs, Jean-Luc Mélenchon va donc devoir poursuivre son opération séduction jusqu’au premier tour. Parler au plus grand nombre et viser avant tout les abstentionnistes font aussi partie de sa tactique politique. « En 2017, il n’a pas réussi à se ‘mitterrandiser’ après son très bon score, observe Bruno Cautrès. S’il veut rassembler, il faut qu’il devienne un leader de synthèse, comme l’était François Mitterrand. » Il lui reste cinq semaines pour le faire.

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