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l’article à lire pour comprendre la polémique sur le cabinet McKinsey, qui parasite la campagne d’Emmanuel Macron

La polémique éclate au mauvais moment pour Emmanuel Macron, en pleine bataille pour sa réélection. La publication d’un rapport sénatorial sur le poids des cabinets de conseil dans la mandature actuelle, jeudi 17 mars, n’en finit pas d’agiter l’opposition. Le président sortant a été forcé de se justifier, dimanche, à propos du recours à des consultants extérieurs en matière de décision publique. Bravache, le candidat a conseillé à « quiconque a la preuve d’une manipulation » de saisir la justice « au pénal ». L’impact politique de cette affaire est quant à lui redouté par les soutiens du chef de l’Etat, à moins de deux semaines du premier tour de l’élection présidentielle.

C’est quoi le cabinet McKinsey ?

McKinsey, surnommé « La Firme », est un cabinet de conseil international, au même titre que Capgemini, Deloitte ou encore KPMG. Présente dans 65 pays dans le monde, avec environ 30 000 salariés, l’entreprise américaine est chargée de fournir des recommandations à des clients privés ou publics dans le but d’assurer des missions variées, qu’elles soient lucratives ou non. Ces conseils sont prodigués par des consultants.

Que dit le rapport du Sénat ?

D’après un rapport sénatorial (PDF) rendu public le 17 mars, « le recours aux consultants constitue aujourd’hui un réflexe » et ces cabinets sont « au cœur des politiques publiques ». Selon les parlementaires, le gouvernement est dans une situation de véritable « dépendance » à ces cabinets : en 2021, les dépenses de conseil des ministères du gouvernement de Jean Castex ont atteint 893,9 millions d’euros, un montant en nette augmentation par rapport à 2018 (379,1 millions d’euros).

Quelles ont été les missions de McKinsey ?

Selon le rapport sénatorial, le gouvernement a sollicité ce cabinet aussi bien sur la réforme du mode de calcul des APL (pour un montant total de 3,88 millions d’euros), au début du quinquennat que dans le cadre de la campagne vaccinale contre le Covid-19 (un contrat à 12,33 millions).

Au début de l’année, McKinsey a aussi été pointé du doigt à propos d’un contrat de 496 800 euros facturé à l’Education nationale en 2020. Pour cette somme, le cabinet a réalisé un document de 200 pages organisé en diverses thématiques en vue d’un colloque international, finalement annulé en raison de la crise du Covid-19.

Un autre rapport de McKinsey avait aussi été réalisé pour préparer la réforme des retraites, laquelle a été reportée sine die. « On sait qu’il y a un PowerPoint et un petit carnet de 50 pages. Pour une prestation à 950 000 euros, ça fait cher la page », s’agaçait auprès de franceinfo la sénatrice Eliane Assassi (PCF) au moment de la parution du rapport.

Quel est le problème ?

C’est l’autre élément du saillant du rapport des sénateurs. « Le constat est clair : le cabinet McKinsey est bien assujetti à l’impôt sur les sociétés en France mais ses versements s’établissent à zéro euro depuis au moins dix ans, alors que son chiffre d’affaires sur le territoire national atteint 329 millions d’euros en 2020, dont environ 5% dans le secteur public, et qu’il y emploie environ 600 salariés », expliquent les parlementaires. Le montage serait un « exemple caricatural d’optimisation fiscale », selon les sénateurs. 

Comment se défend McKinsey ?

Face au tollé suscité par la publication de ce rapport, le cabinet McKinsey a assuré respecter « l’ensemble des règles fiscales et sociales françaises applicables » et dit avoir payé l’impôt sur les sociétés « les années où le cabinet a réalisé des bénéfices en France ». Vendredi 25 mars, le Sénat a pourtant annoncé avoir saisi la justice pour « suspicion de faux témoignage », trois mois après une audition où un dirigeant d’une filiale française de McKinsey avait assuré que le cabinet payait bien l’impôt sur les sociétés en France.

Comment la classe politique a-t-elle réagi ?

Dans une campagne présidentielle marquée par le Covid-19 et la guerre en Ukraine, cette affaire donne du grain à moudre aux rivaux d’Emmanuel Macron. Et les candidats de tous bords n’hésitent pas à mettre en cause personnellement le président sortant. Pour Valérie Pécresse, « Emmanuel Macron doit s’expliquer sur le recours massif de l’Etat à l’entreprise McKinsey ».

Emmanuel Macron doit s’expliquer sur le recours massif de l’État à l’entreprise McKinsey dont le Sénat révèle qu’elle ne paye pas ses impôts en France. Comment pouvait-il ne pas le savoir ? Le Président sortant doit rendre des comptes.

— Valérie Pécresse (@vpecresse) March 17, 2022

Le candidat écologiste, Yannick Jadot, a quant à lui promis, lors de son meeting au Zénith de Paris, dimanche, de ne plus recourir à ces cabinets « qui, à coups de centaines de millions d’euros par an, ont pensé, sur commande des gouvernements, la suppression des lits d’hôpitaux, la réduction des APL et autres réformes brutales ».

Lors de son meeting à Marseille sur la plage du Prado, Jean-Luc Mélenchon s’est également montré virulent. Pour le candidat de La France insoumise, « ça suffit les cabinets privés comme McKinsey qui donnent des conseils inutiles et ne paient pas d’impôts en France ».

« Nous pouvons tourner la page de la 5e République et du président qui décide tout seul. Ça suffit les cabinets privés comme #McKinsey qui donnent des conseils inutiles et ne paient pas d’impôts en France. » @mbompard #McKinseyGate #MelenchonMarseille https://t.co/RteKVYmOT5 pic.twitter.com/La4riCPI7K

— Jean-Luc Mélenchon (@JLMelenchon) March 27, 2022

Que répond Emmanuel Macron ?

Face aux attaques qui se multiplient à 10 jours du premier tour, Emmanuel Macron a été contraint de réagir. « Les cabinets de conseil doivent être sollicités dès lors que c’est pour des compétences qu’on ne trouve pas au sein de l’Etat​ », a déclaré Gabriel Attal sur BFMTV dès le mois de février. Le ministre de la Santé Olivier Véran a aussi assuré lors d’une récente audition devant le Sénat qu' »à aucun moment, McKinsey ne m’a fait prendre une décision en lien avec la crise sanitaire ou la campagne vaccinale ». Enfin, c’est Bruno Le Maire, le ministre de l’Economie, qui a reconnu qu’il faudra « recentrer les activités si le recours aux cabinets de conseil est excessif et que les prestations vont trop loin ».

Pour tenter d’éteindre la polémique, Emmanuel Macron, interrogé dans l’émission « Dimanche en politique » sur France 3, a voulu démentir les accusations portées contre lui. « On a l’impression qu’il y a des combines, mais c’est faux. Aucun contrat n’est passé dans la République sans qu’il respecte la règle des marchés publics », a-t-il expliqué. Et le candidat d’ajouter : « Que quiconque a la preuve qu’il y a manipulation mette le contrat en cause au pénal. »

️ « Il faut être très clair : c’est faux ! S’il y a des preuves de manipulations, que ça aille au pénal »

Invité de « Dimanche en politique » sur France 3, Emmanuel Macron est revenu sur la polémique #McKinsey#DimPol pic.twitter.com/8dyCilc4eu

— franceinfo plus (@franceinfoplus) March 27, 2022

« Je ne suis pas persuadé que sous ce quinquennat il y ait eu moins de contrats que sous certains autres, y compris de ceux qui nous attaquent aujourd’hui », s’est également défendu Emmanuel Macron dans un lapsus, employant le mot « moins » à la place de « plus ».

Je n’ai pas eu le temps de tout lire, pouvez-vous me faire un résumé ?

Dans un rapport publié le 17 mars, le Sénat a critiqué la « dépendance » des pouvoirs publics aux cabinets de conseil. Selon les parlementaires, rien que pour l’année 2021, les dépenses de conseil des ministères du gouvernement de Jean Castex ont atteint 893,9 millions d’euros, un montant en nette augmentation par rapport à 2018.

Les sénateurs pointent aussi du doigt deux contrats très chèrement facturés à l’Etat par le cabinet McKinsey et l’optimisation fiscale que pratiquerait l’entreprise américaine.

Les opposants d’Emmanuel Macron dénoncent un « scandale d’Etat ». A moins de deux semaines du premier tour, le président sortant assure toutefois « qu’aucun contrat n’est passé dans la République sans qu’il respecte la règle des marchés publics ».

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