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Impôts, aides, énergies… Le ministre de l’Economie Bruno Le Maire dévoile son plan pour le pouvoir d’achat des Français

À dix jours du 1er tour de la présidentielle, et à la veille du grand meeting d’Emmanuel Macron, à Paris, le ministre de l’économie Bruno Le Maire a accordé un long entretien à nos confrères de Midi Libre. Il revient sur les mesures visant à « protéger le pouvoir d’achat des Français », sur l’inflation, la dette, l’obligation d’activité pour les bénéficiaires du RSA et la retraite à 65 ans. Face à l’abstention qui se profile et à la « fatigue démocratique » Bruno Le Maire plaide pour une « réinvention » qui reposerait sur deux maître-mots, simplification et participation. « La vie démocratique, ce n’est pas tous les cinq ans, c’est tous les jours ».

Jean-François Carenco, président de la commission de régulation de l’énergie, appelle les industriels, les collectivités et les particuliers à faire un effort en baissant le chauffage, la climatisation, la lumière. Ce message est-il encore audible pour les Français ?

Nous savons à quel point la hausse des prix de l’énergie est pénalisante pour des millions de Français. Je leur dis : nous vous protégeons. Avec le président de la République et le Premier ministre, nous avons pris des décisions fortes très tôt, nous avons anticipé. Dès l’automne 2021, nous avons gelé le prix du gaz. En février, nous avons limité la hausse du prix de l’électricité à 4 %. Sans cette décision, les factures d’électricité des Français auraient augmenté de 40 %. Depuis hier, le chèque énergie d’un montant moyen de 150 euros est distribué à près de 6 millions de Français.

 À partir d’aujourd’hui, les Français bénéficient d’une remise de 18 centimes par litre de carburant dans les stations-service. Nous savons que beaucoup de Français n’ont pas d’autre choix que de prendre leur véhicule pour aller travailler et pour leurs déplacements quotidiens. La ligne de force du gouvernement est bien de protéger les ménages et les entreprises des hausses des prix de l’énergie. D’ailleurs, la proposition de baisse de TVA sur les carburants de Marine Le Pen ne bénéficierait pas aux entreprises car elles ne la paient pas. En revanche notre remise sur le carburant bénéficie à tous !

Renouvelez-vous votre appel à une consommation modérée de nos ressources ?

Absolument. C’est la bonne voie. Mais avant de demander des efforts aux Français, l’État doit donner l’exemple en faisant davantage attention à sa consommation d’énergie, dans les bâtiments publics par exemple.

Combien de temps cette situation peut-elle tenir ? Combien de temps va durer la compensation de l’État ?

L’année difficile, c’est l’année 2022. C’est l’année du choc énergétique et l’année où nous allons chercher des solutions de substitution à l’approvisionnement en gaz russe et en diesel russe. C’est donc maintenant qu’il faut protéger les Français. C’est bien pour cela que le président de la République a annoncé le prolongement de la mesure du gel du prix du gaz jusqu’à la fin de l’année de 2022. S’agissant des prix du carburant, le Premier ministre m’a demandé de réfléchir à un dispositif ciblé pour soutenir davantage les gros rouleurs et ceux pour lesquels le véhicule est un outil de travail. Nous avons engagé ce travail, des pistes seront présentées après les élections si les Français nous font confiance.

Comment comptez-vous amortir le choc de l’inflation ? Maîtrisez-vous la situation ?

Je ne crois pas à une spirale inflationniste en France ou en Europe. Aujourd’hui, l’inflation, c’est avant tout les prix de l’énergie. Le choc est brutal : les prix du gaz ont été multipliés par dix. C’est comparable au choc de 1973, où les prix du pétrole avaient été multipliés par quatre. Mais la réponse ne sera pas la même, car nous voulons justement éviter d’alimenter la hausse des prix. Nous privilégions donc une réponse ciblée sur le secteur de l’énergie, coordonnée entre les pays européens, pour amortir le choc et protéger nos compatriotes.

Nous avons par ailleurs des dispositifs sociaux très protecteurs en France. La plupart des prestations sociales sont indexées sur les prix et notre salaire minimum est revalorisé en cours d’année si l’inflation est forte. Cela conduira à une augmentation de plus de 30 euros net du Smic dès le 1er mai. D’ici à la fin de 2023, nous devrions revenir à des niveaux d’inflation plus raisonnables : sans doute autour de 2 %. Ce niveau plus élevé que dans les années passées s’explique par le coût de la transition climatique et par la relocalisation des chaînes de valeur. Quand vous relocalisez une production en France ou en Europe, c’est une bonne politique, mais votre production est un peu plus chère que celle des produits importés.

Dites-vous donc aux entreprises, adaptez-vous dès à présent !

Nous devons tous tirer les conséquences de ce choc énergétique et accélérer la transition climatique. Mais nous ne laisserons ni les entreprises, ni les ménages se débrouiller seuls face à ce défi. Nous voulons les accompagner dans cette transition, vécue parfois difficilement. C’est pour cela par exemple que nous avons maintenu le bonus de 6000 euros sur les véhicules électriques. MaPrim Renov’ est un grand succès, nous avons prolongé ce dispositif. Pour financer cette transition énergétique, nous utiliserons toutes les recettes fiscales générées par les taxes sur les énergies fossiles.

Estimez-vous que les entreprises ont fait le job en accompagnant les salariés ?

Depuis cinq ans, l’Etat a fait sa part pour soutenir et protéger le pouvoir d’achat des Français. Il l’a d’abord fait en donnant du travail aux Français. Les entreprises privées ont créé plus d’1 million d’emplois depuis 2017, grâce à la politique du Gouvernement. Soutenir le pouvoir d’achat, c’est faire en sorte que ce travail paye mieux grâce aux mesures prises par Emmanuel Macron. Prime d’activité augmentée de 100 euros, baisse de charges sur tous les salaires en 2017, prime défiscalisée qui va être triplée si le président de la République est réélu, baisse de l’impôt sur le revenu.

Tous ces dispositifs permettent que le travail paye davantage et améliore le pouvoir d’achat. Permettez-moi aussi de rappeler notre action pendant la crise du Covid. L’État a payé les salaires de millions de Français. Si ce n’est pas une protection du pouvoir d’achat, je ne sais pas comment cela s’appelle ! Emmanuel Macron a été le président du pouvoir d’achat. Un pouvoir d’achat amélioré par le travail.

Incitez-vous les entreprises à soutenir économiquement leurs salariés ?

Les entreprises qui dégagent des marges doivent-elles mieux accompagner les salariés ? Oui ! Incitons-les à le faire sans obligation législative ou réglementaire. Depuis 2017 nous les avons incitées à redistribuer davantage lorsqu’elles réussissent en supprimant le forfait social pour les PME. Résultat, plus de 2 millions de salariés bénéficient aujourd’hui d’un accord d’intéressement. J’invite aussi toutes les entreprises à utiliser l’outil de la prime défiscalisée, qui pourrait passer de 2 000 à 6 000 euros pour toutes celles qui ont un accord d’intéressement avec leurs salariés.

Quid de la dette ? Elle file…

La dette est à 112,9 %. Elle devait être à 115 % Elle est moins élevée parce que nous avons une croissance plus forte et parce que nous avons créé plus d’emplois en 2021. C’est bien le résultat du succès de la politique économique d’Emmanuel Macron. Recourir à la dette pour protéger les ménages et les entreprises pendant la période du Covid était une décision sage, responsable et réfléchie.

Si nous n’avions pas protégé les entreprises avec les prêts garantis par l’Etat et le fonds de solidarité, nous n’aurions pas 112 % de dette mais sans doute 120 ou 125, parce que l’économie se serait effondrée. Nous aurions perdu sur les deux tableaux, le tableau économique et le tableau des finances publiques. Nous réduirons la dette publique dans les années qui viennent. Le chef de l’État l’a confirmé : en 2027, nous reviendrons sous les 3 % de déficit public.

Un mot lié à l’Ukraine. De grands groupes français souhaitent rester sur place, désapprouvez-vous cette démarche ?

Je ne demande qu’une chose aux entreprises françaises, respecter strictement et rigoureusement les sanctions qui sont mises en place au niveau européen. Les sanctions sont de la responsabilité des Etats Ils évaluent celles qui sont les plus efficaces.

Deux mesures ont émergé pendant la campagne, le RSA et l’obligation d’effectuer des heures d’activité, et la retraite à 65 ans. Êtes-vous à l’aise avec ces deux projets ?

Bien sûr ! Sur le RSA, il y a une certaine forme de lâcheté à se satisfaire que 50% des bénéficiaires n’aient aucun accompagnement et que près du tiers des personnes éligibles ne le touchent pas. Que voulons-nous faire avec le RSA, nous donner bonne conscience ou permettre aux bénéficiaires de retrouver un travail ? Notre ambition est que tous les bénéficiaires puissent retrouver un travail. Pour cela il faut les accompagner, les former, leur donner une qualification et, parfois, réparer des chocs personnels ou psychologiques. Ces 15 ou 20 heures de formation ou d’accompagnement leur permettront de reprendre pied dans le monde du travail.

Sur la retraite à 65 ans, j’affirme depuis des années que ce doit être une priorité absolue. C’est la condition pour sauver notre système de retraite par répartition. C’est la condition de la solidarité entre les générations, elle est vitale. Mais cette solidarité ne doit pas être une solidarité en carton-pâte, elle doit être solide comme le roc et reposer par conséquent sur des bases financières solides. Nous le ferons en répondant aux inquiétudes légitimes de ceux qui sont rentrés très tôt dans la vie active, ou qui sont usés par des métiers difficiles. Ceux qui vendent aux Français comme Marine Le Pen, l’idée qu’ils pourraient travailler moins longtemps, ne disent pas qu’ils vont aggraver les déficits. Et derrière, le seul choix ce sera de baisser les pensions des retraités et d’augmenter les impôts de tous les Français.

À une semaine du 1er tour, que craignez-vous le plus, la désaffection des Français ou l’excès de confiance de votre camp ?

Je ne vois aucun excès de confiance de la majorité. Nous sommes lucides sur la situation politique de la France. Ce que je combats, c’est l’abstention. L’élection présidentielle, c’est l’élection où vous décidez de l’avenir de la nation française pour les cinq prochaines années. Chacun doit avoir à cœur de se prononcer et de décider par son vote. J’appelle tous les Français à voter.

Pour nombre de Français, aller voter n’a plus de sens, tout est déjà écrit. Le chef de l’État n’est-il pas responsable de ce désintérêt ? Maintenez-vous qu’Emmanuel Macron ne devait pas débattre avec ses concurrents ?

Je crois au débat mais pas à la foire d’empoigne. Vous oubliez vite qu’il y a un débat, il y a une campagne. Les propositions de Marine Le Pen ne sont pas celles de Jean-Luc Mélenchon qui ne sont pas celles d’Eric Zemmour ou d’Emmanuel Macron. Quand je lis les propositions de Marine Le Pen en matière économique, je me dis que son vernis de crédibilité ne tiendra pas longtemps. Disons les choses comme elles sont : nationaliser les autoroutes comme elle le propose, c’est jeter des milliards par la fenêtre pour rien, au détriment du financement de la transition énergétique et de notre indépendance. Finasser sur les retraites, c’est être obligé de réduire les pensions ou d’augmenter les impôts dans quelques années. Refuser de payer notre cotisation à l’Union européenne, c’est une sortie déguisée de l’Union européenne. Supprimer tout impôt pour les moins de trente ans, c’est une injustice révoltante.

La vérité du programme de Marine Le Pen, ce sont des impôts en plus, du travail en moins et le déclassement de la France. Tordons le cou à cette idée reçue selon laquelle la politique ne change rien et que tous les programmes se valent. C’est faux ! La politique fait la différence : entre la guerre et la paix, entre des impôts qui augmentent et des impôts qui baissent, entre les emplois ou le chômage, entre la taxation juste des géants du digital ou pas de taxation.

La réponse à la fatigue démocratique, ce n’est pas moins de démocratie, mais plus de démocratie. C’est la réinvention de la démocratie pour laquelle je plaide depuis des années : moins d’élus, un gouvernement plus resserré, des décisions plus rapides, une loi préparée avec les citoyens, des hauts fonctionnaires obligés de démissionner de la fonction publique quand ils s’engagent en politique.

N’est-il pas temps de passer à autre chose ? La VIème République de Mélenchon, l’acte 3 de la décentralisation de Pécresse, la proportionnelle intégrale de Jadot ?

Emmanuel Macron s’est déjà prononcé pour la proportionnelle intégrale, c’est un changement absolument radical. Les deux maître-mots de ces transformations, qui peuvent se faire dans le cadre de la Vème République, c’est simplification et participation. Simplification pour que la procédure d’adoption des lois soit plus rapide, pour que les démarches administratives soient plus courtes et plus lisibles, pour que les gouvernements soient reconnus par les citoyens parce que l’on sait qui fait quoi.

La participation, c’est indispensable. Si un amendement sur un projet de loi recueillait le soutien de 100 000 citoyens, je trouverais utile qu’il soit examiné par la commission compétente de l’Assemblée nationale. C’est aussi une façon de dire aux citoyens que la vie démocratique ce n’est pas une fois tous les cinq ans, c’est tous les jours.

Reconnaissez que la convention citoyenne sur le climat a eu un succès nuancé…

Pas du tout ! Cette convention a permis de libérer la parole de chacun. Nombre de citoyens ont pu débattre pendant plusieurs mois de la transition climatique. Cet exercice a été précurseur.

Faut-il donner davantage d’autonomie aux collectivités locales ?

Il faut permettre aux collectivités locales de vivre la vie qui correspond à leurs propres choix dans un cadre qui est celui de la République et de l’Etat de droit. Je suis favorable à leur donner plus de liberté.

Vous actez donc l’autonomie de la Corse.

Ouvrir une réflexion sur l’autonomie de la Corse me paraît légitime.

La campagne a été marquée par la violence, verbale et de comportement de certains candidats comme de la part des électeurs. Qu’est-ce que cela traduit selon vous ?

Cela traduit un immense désarroi de certains candidats. Quand on cède à la violence, c’est que l’on n’a rien d’autre à proposer. Quand on a une vision solide de l’avenir du pays, on n’a pas besoin de taper sur son adversaire, c’est totalement inutile. Quand on n’a pas d’idées, la porte de sortie, c’est l’excès et la violence. C’est ce qu’a fait Eric Zemmour au Trocadéro. Il n’en sort pas grandi, ni la démocratie.

Ne faites-vous pas le constat également que la violence est partout chez les électeurs ?

Non, je ne le pense pas. Les dérives sont le fait d’une minorité. Partout sur notre territoire je vois un peuple français qui travaille, qui respecte les règles et les lois, qui croit dans l’avenir de la France. Ce peuple s’exprimera dans les urnes. De notre côté, nous avons la responsabilité de répondre aux anxiétés françaises actuelles : les fins de mois difficiles, la hausse des prix du carburant, la nourriture qui coûte de plus en plus cher. Pour cela, il faut écouter, écouter, écouter. C’est une règle absolue pour faire baisser la violence dans la société. Nous devons donner de la considération à chacun. Une autre règle, c’est de privilégier des réponses solides et durables à des réponses à l’emporte-pièce, qui nous conduiront droit dans le mur. On peut toujours dire qu’on ne repoussera pas l’âge légal de départ à la retraite, mais qui paiera à la fin ? Les jeunes générations, qui auront forcément des pensions plus faibles. La force d’Emmanuel Macron, c’est de ne jamais avoir dévié de sa ligne de responsabilité.

Dans Le Figaro, Jean-Louis Borloo a estimé que le temps d’une grande coalition était venu. L’unité nationale, c’est ce que devrait incarner la saison 2 du macronisme ?

Le macronisme repose sur le dépassement des vieux clivages politiques, qui ne disent plus rien. Pendant des décennies, la vie politique a été structurée sur un axe gauche / droite. Ce temps est fini, tant mieux ! Une structuration autour des grands débats sur le climat, la croissance, la construction européenne ou les impôts me semble plus claire et plus prometteuse. Elle permet de mieux se repérer entre les tenants de la décroissance, les nationalistes et le pôle central que nous incarnons.

Contrairement à ce que pensent certains, l’élection d’Emmanuel Macron en 2017 n’est pas un concours de circonstances : elle est le produit du dépassement des clivages. La prochaine étape, c’est l’élargissement : nous devons renforcer ce dépassement en lui donnant des assises encore plus larges, au-delà des frontières politiques actuelles. Réunissons-nous sur des convictions de fond, plutôt que sur des étiquettes. La France a tout à y gagner.

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