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débattre des mots plutôt que des idées

C’était en quelque sorte un match retour ! On se souvient que le débat avait été vif, il y a deux semaines, entre Valérie Pécresse et Éric Zemmour. Elle était, cette fois, confrontée à l’une de ses principales porte-parole. Dans un premier temps il a semblé que les deux femmes allaient pouvoir explorer l’étendue, ou l’absence d’ailleurs, de leurs divergences. Jusqu’à ce qu’un mot fasse tout déraper…

« Vous faites comme les journalistes de gauche, vous adorez vous battre sur les mots…
– Venant de l’extrême droite, c’est énorme, ça !
– Je ne suis pas d’extrême droite ! Et je ne considère pas que le Rassemblement national soit d’extrême droite. »

Marion Maréchal et, par extension, Éric Zemmour sont-ils d’extrême droite ? C’était manifestement l’enjeu principal du débat. Et encore, j’ai laissé la moitié des occurrences de côté : c’est vous dire la place qu’a pris cette question dans la discussion.

Du point de vue de la science politique, l’extrême droite est un concept qui a un sens. Il a été travaillé par plusieurs chercheurs, si bien qu’il a été et, dans une certaine mesure, reste encore un outil pertinent au sein de la sociologie électorale. Le problème, c’est que dans le débat public, ce mot s’est chargé d’une connotation négative, si bien que plus aucun responsable politique ne s’en revendique. Il est devenu, de fait, un épouvantail : un concept que l’on lance et dont on se défend, et qui devient donc de moins en moins commode pour catégoriser le champ politique.

Mais cette controverse autour d’une étiquette a quand même eu un intérêt du point de vue du débat politique. Parce qu’au bout d’un moment, Marion Maréchal a fini par demander explicitement à Valérie Pécresse si, pour elle, Éric Zemmour était d’extrême droite. Et sa réponse n’est pas si claire que cela : « Vous êtes la division de l’extrême droite. L’extrême droite, c’est Marine Le Pen, et il y a vous qui avez divisé votre propre famille, qui avez quitté votre tante… Zemmour veut la fusion, il est complice de l’extrême droite parce qu’il va finir par s’allier et par voter Marine Le Pen. »

Éric Zemmour serait donc « complice » de l’extrême droite, donc, en fait, sans être d’extrême droite lui-même. Mais pourtant, Marion Maréchal était accusée deux minutes plus tôt d’être d’extrême droite… À moins qu’en fait, non : ce soit Marion Maréchal LE PEN qui soit d’extrême droite. Valérie Pécresse : « Madame Maréchal avance masquée. Un peu Le Pen, un peu Maréchal. Un peu d’extrême droite, et de temps en temps pas vraiment… »

Voilà donc où nous en sommes réduit ! Ce n’est même plus un débat sur l’étiquette politique, mais bien sur le patronyme d’une des deux interlocutrices : c’est dire si nous sommes loin d’une discussion de fond.

Les tergiversations de la candidate LR s’explique assez simplement : l’ambiguïté de son attaque s’explique par l’ambiguïté de son positionnement politique. Elle cherche à se distinguer d’Éric Zemmour, tout en s’adressant à une partie de son électorat. Elle a d’ailleurs a repris une partie de ses concepts : le grand remplacement, le grand déclassement, les Français de papier, etc. Voilà pourquoi elle tente de l’affliger du concept accusateur d’extrême droite… tout en l’en dédouanant, afin de ne pas froisser des électeurs potentiels. Et ce n’est pas la première fois que cela arrive.

Depuis le débat de cette campagne présidentielle, une grande partie des duels auxquels nous avons assisté n’ont pas opposé des adversaires politiques,mais plutôt des concurrents. Le résultat, ce sont des débats qui sont aussi peu clivés sur les propositions qu’acharnés sur l’expression. Je ne sais pas qui était la gagnante hier soir. Les perdants, en revanche, ce sont les citoyens, qui attendent encore un grand débat sur le fond !

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