Free Delivery & 60-Day Returns* - Everyday!

quel est le bilan d’Emmanuel Macron en matière d’environnement ?

« Nous partons de loin. Nous avons pris du retard. » En présentant son plan pour l’avenir énergétique de la France, jeudi 10 février, Emmanuel Macron a reconnu que l’éolien peinait à avoir le vent en poupe dans le pays. Les annonces du chef de l’Etat, à deux mois de l’élection présidentielle, interrogent sur le bilan de son quinquennat en matière d’environnement. Entre les différents ministres qui se sont succédé au poste, la communication sur le sujet, les avancées et les renoncements, franceinfo remonte le fil.

Du volontarisme perçu comme de l’opportunisme

L’écologie n’est pas dans l’ADN d’Emmanuel Macron. « C’est un ancien inspecteur des finances qui croit en l’Etat, un Etat productiviste », rappelle Bruno Cautrès, chercheur au CNRS. « Il a un côté Saint-Simonien. Il croit dans l’industrie, le progrès et la technique. » Pourtant, Emmanuel Macron va vite se rendre compte de l’importance de la question écologique et de son intérêt politique. « On voit bien dans son parcours et dans sa campagne que ce sujet n’est pas au premier plan, mais une fois à l’Elysée, il se rend compte que c’est un enjeu important, relève le politologue Daniel Boy. Surtout qu’une partie des écolos a voté pour lui, il faut donc dorloter cet électorat-là. »

« L’écologie est le combat du siècle », martèle-t-on à l’Elysée. Emmanuel Macron veut afficher son leadership sur le sujet et s’oppose, par exemple, à Donald Trump en 2017, après l’annonce du retrait américain de l’accord de Paris, en lançant « Make Our Planet Great Again » (« Rendre sa grandeur à notre planète ») pour attirer les chercheurs étrangers en France.

pic.twitter.com/3g5LYO9Osj

— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) June 1, 2017

« Du simple affichage », accuse-t-on chez EELV. « Il n’a fait que la com’ : le ‘Make Our Planet Great Again’, le One Planet Summit ou le conseil de défense écologique créé à quelques jours des élections européennes pour envoyer des clins d’œil à l’électorat écolo… », fustige le patron des Verts, Julien Bayou. « Il utilise l’écologie pour alimenter sa stratégie politique. Il aurait pu être un Kennedy du climat et il ne l’a pas été du tout », renchérit le député écologiste Matthieu Orphelin, ex-LREM.

Emmanuel Macron a répondu à ces critiques dans une interview à Brut en décembre 2020. « Personne n’a fait autant que depuis trois ans, personne ! Moi, je n’ai pas pris des lois pour dans dix ans », s’était-il agacé. « Mais il déplace le problème en disant ça ! », s’emporte Matthieu Orphelin. « A la rigueur, tant mieux s’il en a fait plus que ses prédécesseurs, mais il déplace le débat. Le seul qui vaille, c’est ce qu’il a fait par rapport aux constats des scientifiques. Or, on ne peut pas dire que la France soit la championne du climat, il aurait fallu en faire cinq fois plus », juge l’élu du Maine-et-Loire. 

Une valse des ministres de l’Environnement

« C’était un coup politique assez habile », estime Daniel Boy. En mai 2017, Nicolas Hulot entre au gouvernement comme ministre de la Transition écologique et solidaire. Une grosse prise pour Emmanuel Macron, qui donne un visage médiatique et populaire à la lutte contre le dérèglement climatique. L’écologiste, ancien animateur de l’émission « Ushuaia », avait pourtant refusé toutes les offres que lui avaient faites les anciens présidents. Sa nomination suscite beaucoup d’espoirs, qui seront vite déçus.

En août 2018, Nicolas Hulot démissionne de façon retentissante. « Je ne veux pas donner l’illusion que ma présence au gouvernement signifie que l’on est à la hauteur sur ces enjeux-là, et donc je prends la décision de quitter le gouvernement », lance-t-il sur France Inter, sans avoir pris le soin d’informer l’exécutif. « Il a mis un an à s’apercevoir qu’il avait les mains liées, mais tous les ministres de l’Environnement ont les mains liées ! », ironise Daniel Boy.

« Avec Nicolas Hulot, Emmanuel Macron a tenté un coup politique qui n’a pas réussi. »

Daniel Boy, politologue

à franceinfo

La suite n’est guère encourageante. Le président de l’Assemblée nationale de l’époque, François de Rugy, le remplace en septembre 2018 mais doit partir un an plus tard, après le scandale des homards. La ministre des Transports, Elisabeth Borne, prend sa succession pendant un an avant d’être à son tour remplacée par l’ex-EELV Barbara Pompili. Une valse des ministres qui fournit un angle d’attaque parfait à l’opposition. « Quel est le bilan de Macron en terme d’environnement ? C’est quatre ministres en quatre ans. Vous croyez qu’on peut faire du bon boulot ? », tacle Bruno Retailleau, le patron des sénateurs LR, sur Public Sénat.

« Malheureusement, sur l’écologie, cette valse des ministres, c’est assez habituel, on a souvent une instabilité chronique », remarque Matthieu Orphelin. Ce proche de Nicolas Hulot avait quitté le groupe LREM en 2019, très déçu de la politique menée sur le sujet de l’environnement. « Ce qui m’a marqué, c’est la faiblesse des différents locataires face à Bercy et à Matignon dans les arbitrages qui ont été perdus. Et puis les deux Premiers ministres [Edouard Philippe puis Jean Castex] n’étaient pas des écologistes », dit-il.

Quelques réussites et avancées notables

Emmanuel Macron a pourtant bien mis en œuvre plusieurs promesses emblématiques de sa campagne. Plusieurs exemples : l’interdiction du gaz de schiste et de nouveaux permis d’exploration d’hydrocarbures, l’organisation des Etats généraux de l’alimentation, l’obligation de proposer 50% de produits bio, labels de qualité ou local, dans la restauration collective, la création d’une prime à la casse de 1 000 euros ou le lancement d’un plan de rénovation des bâtiments publics de 4 milliards d’euros.

Matthieu Orphelin salue par ailleurs l’abandon de projets phares comme l’aéroport de Notre-Dame des Landes (Loire-Atlantique) ou l’arrêt du projet EuropaCity (dans le Val-d’Oise). Il cite également la loi d’orientation des mobilités et la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire. Emmanuel Macron est aussi à l’origine de la création du Haut Conseil pour le climat (HCC), installé en novembre 2018. Cette instance indépendante, composée d’experts, est chargée d’évaluer et d’orienter les politiques environnementales.

Des renoncements, des ratés et des choix discutables

Les avancées enregistrées lors du quinquennat sont totalement éclipsées par les reculades et les loupés, accuse Greenpeace, qui dénonce un « bilan catastrophe ». « Un pas en avant, deux pas en arrière », juge de son côté Réseau action climat (document en PDF). Du côté des promesses non tenues, on peut citer le doublement de la capacité des énergies éolienne et solaire, la définition d’un calendrier prévoyant l’élimination progressive des pesticides ou l’interdiction des perturbateurs endocriniens.

La volte-face sur l’interdiction du glyphosate est également considérée comme un renoncement majeur du quinquennat. Fin 2017, Emmanuel Macron avait assuré que la France interdirait le glyphosate au plus tard fin 2020.

J’ai demandé au gouvernement de prendre les dispositions nécessaires pour que l’utilisation du glyphosate soit interdite en France dès que des alternatives auront été trouvées, et au plus tard dans 3 ans. #MakeOurPlanetGreatAgain

— Emmanuel Macron (@EmmanuelMacron) November 27, 2017

Mais début 2019, le chef de l’Etat a été contraint de reconnaître que la France ne parviendrait pas à se passer « à 100 % » du glyphosate dans les trois ans. Les choix stratégiques du président sont également critiqués, comme les 17 milliards d’euros mis sur la table pour soutenir le secteur aérien durement frappé par la pandémie de Covid-19. « Ce n’est pas le moment de soutenir l’aviation coûte que coûte », avait estimé le HCC, appelant l’exécutif à conditionner les aides publiques à « des plans précis » pour préserver le climat.

Le quinquennat d’Emmanuel Macron est également marqué par des condamnations de l’Etat français dans des dossiers environnementaux. Dans l' »Affaire du siècle », la France a été condamnée en 2021 pour son inaction climatique. En octobre de cette même année, l’Etat a été condamné à prendre « toutes les mesures utiles », d’ici le 31 décembre 2022, pour réparer le préjudice causé par le non-respect de ses engagements pour le climat. 

Les engagements de l’accord de Paris loin d’être respectés

Les condamnations judiciaires pointent toutes dans une même direction : le non-respect de l’accord de Paris, signé lors de la COP21, en 2015. Avec ce texte, l’Hexagone s’est doté d’une feuille de route pour le climat : la Stratégie nationale bas carbone (SNBC). L’objectif principal est de réduire les émissions de gaz à effet de serre afin de limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C par rapport à l’ère pré-industrielle, et de parvenir à la neutralité carbone en 2050. Mais la France est loin du compte. Emmanuel Macron l’a concédé lui-même, lors d’une déclaration à l’occasion des cinq ans du texte.

« Il faut regarder les choses en face : pour ce qui est des émissions de CO2, nous ne sommes pas aujourd’hui au rendez-vous. »

Emmanuel Macron

lors d’un discours fin 2020

Après la COP26, qui s’est tenue à l’automne 2021, le HCC s’est penché sur les décisions prises lors du sommet et leurs implications pour la France. L’organisme indépendant a dressé un bilan sévère des engagements climatiques.

« La somme des nouvelles ambitions ne permet pas de limiter le réchauffement [selon les objectifs de l’accord de Paris]. »

Corinne Le Quéré, présidente du Haut Conseil pour le climat

lors d’une visioconférence

Pour compenser ce retard, le HCC estime que la France devra « pratiquement doubler » la réduction de ses émissions de gaz à effet de serre. Pour rectifier le tir, Emmanuel Macron, qui défend à la fois l’atome et les énergies renouvelables, a récemment annoncé plusieurs mesures : l’implantation de 50 parcs éoliens en mer d’ici 2050, la construction de six nouveaux EPR de nouvelle génération (EPR 2) et l’étude de la mise en chantier de huit autres, ainsi que la prolongation au-delà de 50 ans de « tous les réacteurs qui peuvent l’être ».

La Convention citoyenne pour le climat, un temps fort qui a déçu

La Convention citoyenne pour le climat (CCC) s’est réunie pour la première fois le 4 octobre 2019, après un tirage au sort de 150 citoyens chargés de travailler sur cinq thématiques (se déplacer, se loger, se nourrir, produire et travailler, consommer) en auditionnant des scientifiques et des experts. Le but : proposer au Parlement une série de mesures pour l’environnement. Avec une condition : que toutes ces pistes permettent d’atteindre les objectifs fixés par l’accord de Paris de 2015.

« La CCC est un succès dans le sens où c’est un exercice démocratique qui a montré que des citoyens étaient capables de faire des propositions ambitieuses, acceptables et reconnues par les scientifiques présents », estime Guy Kulitza, retraité, qui a participé à cette expérience. En revanche, cet habitant de Haute-Vienne se dit « déçu et en colère » de la façon dont les parlementaires et le gouvernement se sont emparés des propositions. Même ressenti pour Eloïse, qui était en terminale lorsqu’elle a été tirée au sort.

« Je suis en colère parce que cette convention avait suscité beaucoup d’espoir. Et, au final, on se retrouve avec des propositions vidées de leur sens, qui n’ont pas les bonnes ambitions. Tout manque d’ambition. »

Eloïse, membre de la Convention citoyenne pour le climat

à franceinfo

Que s’est-il passé ? Alors qu’Emmanuel Macron avait promis de soumettre les propositions au Parlement « sans filtre », elles ont finalement été amoindries, voire supprimées, par les parlementaires ou l’exécutif. Un exemple : la CCC préconisait un système de bonus-malus lors de l’achat de véhicules de plus de 1 400 kg. Mais le gouvernement ne l’a pas suivie. Il a décidé d’élever le seuil réclamé, pour que ne soient concernés que les véhicules de plus 1 800 kg. « 1 800 kg, ça reste une niche de voitures. La moyenne des voitures neuves vendues en France pèse 1 240 kg », tance Isabelle Autissier, présidente du WWF France.

>> Convention citoyenne pour le climat : comment le discours d’Emmanuel Macron sur les propositions a-t-il évolué ?

Au total, seules 10 des 149 propositions de la CCC ont été reprises telles quelles dans le projet de loi « Climat et résilience ». Face à ce constat, les participants présents au moment de tirer le bilan de cette CCC ont attribué des notes catastrophiques au travail du gouvernement sur la prise en compte de leurs propositions. Le Parlement a finalement adopté le texte le 20 juillet 2021. Si le gouvernement a vanté un « tournant écologique », les ONG et la gauche l’ont critiqué pour son « manque d’ambition ».

Articles populaires