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Peut-on parrainer sans soutenir ?

Revenons sur un enjeu politique de plus en plus brûlant : les 500 parrainages nécessaires pour concourir à l’élection présidentielle. À dix jours de l’échéance, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon et Eric Zemmour ne les ont toujours pas recueillis. En cause selon eux, la procédure, qui ferait peser une grande pression sur les maires. Une situation également liée à une question rhétorique.

Cela peut sembler paradoxal, mais pourtant c’est bien le cas, en partie à tout le moins. Mais avant, arrêtons-nous un instant sur le contexte : trois candidats témoignent en effet de grandes difficultés dans leur quête de parrainages, à tel point que Marine Le Pen a dû prendre, mardi 22 février, une décision radicale : suspendre sa campagne de terrain. « Il m’en manque un tout petit peu plus d’une quarantaine, ce qui est énorme. On est à 50 jours de l’élection présidentielle et je suis obligée d’arrêter ma campagne pour me consacrer exclusivement à cette recherche de parrainages, donc c’est terrible ! », a expliqué la présidente du RN sur RTL.

Elle n’est d’ailleurs pas la seule à avoir dû agir : Eric Zemmour a, de son côté, annoncé « réduire la voilure » de sa campagne. Il semble donc que les difficultés soient réelles. Or, si un ou plusieurs candidats qui, de fait, participent à orienter le débat public lors de cette élection ne pouvaient finalement pas y concourir, ce serait un véritable séisme démocratique.

François Bayrou a annoncé la création d’une « banque des parrainages », afin que les maires sans étiquette puissent parrainer un candidat sans risquer de se le voir reprocher par leurs administrés. Quant à David Lisnard, le Président de l’Association des Maires de France, il a directement lancé un appel aux élus, dimanche dernier. « Je pense qu’il est important de prendre l’initiative pour montrer que les parrainages ne valent pas soutien et qu’il faut veiller à la libre expression démocratique et républicaine, explique-t-il. C’est pourquoi j’ai décidé de parrainer le candidat dont je suis le plus éloigné, puisque je suis classé à droite, qui est Jean-Luc Mélenchon. Je combats ardemment ses convictions, ses idées, ses valeurs, mais il doit pouvoir concourir. »

Montrer que les parrainages ne valent pas soutien : vous l’entendez, c’est le principal argument de David Lisnard. C’est aussi celui du Premier ministre, Jean Castex : il s’exprimait cet après-midi à l’Assemblée nationale.

« Je voudrais à mon tour, mesdames et messieurs les députés, lancer un appel aux élus en leur disant tout simplement, après d’autres, ceci : le fait d’accorder son parrainage à un candidat n’est pas automatiquement synonyme de soutien politique. C’est aussi un acte démocratique. »

Jean Castex

à l’Assemblée Nationale

Le parrainage n’est pas synonyme de soutien politique : c’est bien l’argument de ce début de semaine, il nous est d’ailleurs présenté comme une évidence, alors même qu’on ne l’avait pas si souvent entendu auparavant.

Juridiquement, oui. Il faut rappeler qu’à l’origine, le système de parrainage a été mis en place pour écarter les candidatures dites « fantaisistes ». Il ne s’agissait donc pas, en effet, d’un soutien politique. D’ailleurs, dans la loi, le terme de parrainage n’apparaît nulle part : on parle simplement de présentation. Ce sont les maires, les parlementaires, les conseillers généraux et régionaux qui « présentent » les candidats à l’élection présidentielle : ils se contentent d’attester d’une forme de sérieux et de légitimité, sans pour autant apporter un soutien politique.

Or, justement, le terme qui s’est imposé dans le débat public n’est pas « présentation », mais « parrainage ». Et cela change tout. L’une des définitions du mot parrainage, selon le Robert comme le Larousse, c’est « une caution ou un appui moral apporté à une personne ». Une caution ou un appui moral : voilà le sens que nous avons toutes et tous à l’esprit, inconsciemment, quand nous entendons parler de parrainage. C’est précisément tout le problème !

La procédure pose désormais problème sur le fond : sans doute faudra-t-il la revoir, de nombreuses pistes sont d’ores et déjà sur la table. Mais il faudra aussi repenser les mots que nous utilisons. Quand Jean Castex, David Lisnard et les autres répètent que « un parrainage ne vaut pas soutien politique » : ils ont juridiquement raison, mais rhétoriquement tort.

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