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on vous explique les limites de l’argument d’Eric Zemmour sur le dérèglement climatique

« Nous n’avons pas à sacrifier les Français et l’industrie française sur l’autel de la lutte contre le réchauffement climatique. Que les Américains et les Chinois commencent », a lancé Eric Zemmour, lundi 7 février, au micro de France Inter. Le candidat d’extrême droite a assuré qu’il ne contestait « nullement » le réchauffement climatique. Mais s’est empressé d’ajouter : « Je dis simplement que les Français… La France représente 1% des émissions de CO2. »

Les deux plus gros émetteurs au monde sont effectivement la Chine, avec 10 490 millions de tonnes de CO2 en 2019 (soit 29% des émissions mondiales) et les Etats-Unis, qui ont généré 5 256 millions de tonnes CO2 (soit 14% des émissions mondiales), selon les données du Global Carbon Project (en anglais). La France a quant à elle émis 316 millions de tonnes CO2 cette année-là, soit le 20e plus gros pays émetteur au monde. Elle représente 0,9% des émissions mondiales. Toutefois, cet indicateur recouvre plusieurs limites et masque certaines réalités. Décryptage.

Les Français émettent plus que la moyenne

Comparer les émissions de gaz à effet de serre à l’échelle d’un pays entier ne permet pas de tenir compte des différences de taille de la population à travers le monde. La Chine est certes le premier pays émetteur, mais elle est aussi le plus peuplé, avec 1,4 milliard d’habitants, soit 18% de la population de la Terre. « Si on regarde les émissions par habitant, le classement des pays les plus émetteurs de CO2 est complètement différent », observe Françoise Vimeux, climatologue à l’Institut de recherche pour le développement (IRD).

A l’échelle mondiale, une personne a produit en moyenne 4,8 tonnes de CO2 en 2019, selon le Global Carbon Project. Le Qatar, dont un habitant rejette 41 tonnes de CO2 par an, devient alors le pays le plus émetteur. Avec 16 tonnes de CO2 par personne, les Etats-Unis se classent au 11e rang. La Chine descend elle au 50e rang mondial, avec 7,3 tonnes de CO2 par habitant. 

De son côté, la France se place en 78e position, avec 4,9 tonnes de CO2 émis par habitant. Toutefois, si on y ajoute les autres gaz à effet de serre contribuant au réchauffement planétaire, comme le méthane ou le protoxyde d’azote, un Français émet en moyenne 6,5 tonnes d’équivalent CO2 par an, selon un rapport Haut conseil pour le climat (PDF), publié en septembre.

Par ailleurs, au-delà des émissions, si toute l’humanité consommait autant de ressources qu’un Français, il faudrait 2,7 planètes comme la Terre pour subvenir à nos besoins, selon un calcul du think tank Global Footprint Network. Cet indicateur nous place au 8e rang des plus gros consommateurs du monde. A titre de comparaison, si tout le monde vivait comme un Chinois, il faudrait 2,2 planètes. Le mode de vie d’un Américain nécessiterait quant à lui l’équivalent de cinq planètes. 

La France importe énormément

L’argument d’Eric Zemmour s’appuie sur les émissions territoriales, c’est-à-dire celles produites sur le sol français. Or, le téléphone ou l’ordinateur sur lequel vous lisez cet article a probablement été fabriqué en Chine. Ainsi, même s’il a été conçu pour vous, les gaz à effet de serre émis pendant sa fabrication sont comptabilisés à l’étranger. 

Pour tenir compte de l’impact des échanges internationaux dans nos émissions de gaz à effet de serre, il faut donc mesurer l’empreinte carbone. En 2019, celle de la France s’élevait à 663 millions de tonnes d’équivalent CO2, soit 10 tonnes par habitant, selon le Haut Conseil pour le climat (HCC). Un chiffre bien supérieur aux seules émissions territoriales. 

« Les Français importent plus de biens et services carbonés qu’ils n’en exportent. »

Le Haut Conseil pour le climat

dans un rapport publié en septembre 2021

« La France est devenu un pays désindustrialisé, donc on importe beaucoup », analyse Gilles Ramstein, coauteur du livre Le Climat en 100 questions (éd. Tallandier). Elle fait partie des pays « importateurs de CO2 » (en rouge sur la carte du site OurWorldinData ci-dessous). A contrario, la Chine est un pays « exportateur de CO2 » (en bleu) et émet des gaz à effet de serre pour produire et satisfaire la consommation d’autres pays. 

La France est un pollueur historique

Le bilan de la France doit également être interprété au regard de ses émissions passées. « La France est l’un des premiers pays à avoir rejeté du dioxyde de carbone dans l’atmosphère, rappelle Françoise Vimeux. Nous avons donc une responsabilité historique. »  

Si l’on observe le cumul des émissions de gaz à effet de serre, les Etats-Unis sont le pays qui ont émis le plus de CO2 avec 416 milliards de tonnes rejetés depuis 1750. Vient ensuite la Chine, qui est responsable de 14% des émissions avec 235 milliards de tonnes de CO2 émis.

La France, elle, a émis 38 milliards de tonnes de CO2 depuis le milieu du XVIIIe siècle (soit 2% du total). Elle est le 8e plus gros pollueur historique. L’Allemagne, qui a rejeté 92 milliards de tonnes de CO2 depuis 1750 (5,6% des émissions), se classe au 4e rang, suivie par le Royaume-Uni, avec 78 milliards de tonnes de CO2 émis (4,7% des émissions).

La France a des engagements à tenir

Le discours d’Eric Zemmour « sous-entend que si on est les seuls à agir, ça ne va pas suffire », décrypte Françoise Vimeux. La lutte contre le dérèglement climatique est effectivement un enjeu mondial qui nécessite un engagement collectif. Mais en ayant orchestré l’accord de Paris en 2015, la France a un rôle de premier plan et « un certain devoir d’exemplarité », estime la climatologue. 

« Nous sommes un pays riche, donc nous avons une capacité à agir que d’autres pays n’ont pas. »

Françoise Vimeux, climatologue

à franceinfo

La France dispose de « savoir-faire, d’entreprises, et de formations parmi les meilleures du monde » qui lui permettent d’être moteur sur les enjeux climatiques. Or, pour l’heure, notre pays « fait des efforts, mais pas suffisamment ». La France peine en effet à respecter ses objectifs pour atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. « Les émissions de gaz à effet de serre n’ont décru que de 1% par an en moyenne entre 2015 et 2018 », explique l’organisme Citepa, chargé d’étudier les effets des politiques en faveur du climat dans son rapport 2021 (PDF). La Stratégie nationale bas-carbone, adoptée en 2015, projetait pourtant une diminution de 2,2% par an en moyenne sur cette période.

« Le plus gros enjeux pour la France, ce sont les transports », commente de son côté Gilles Ramstein. Avec 136 millions de tonnes de CO2eq, les transports représentent le secteur le plus émetteur de gaz à effet de serre en France (31% des émissions), loin devant l’industrie (19% des émissions) et l’agriculture (19% des émissions), selon les données du Haute Conseil pour le climat.

Par ailleurs, la France a longtemps misé sur l’énergie nucléaire, qui produit peu de gaz à effet de serre. En 2020, 67,1% de l’électricité était encore issue des 56  réacteurs en activité, selon le gestionnaire RTE. Le gouvernement s’est cependant engagé à réduire cette part à 50% d’ici à 2035, et doit donc développer des alternatives durables et décarbonées pour espérer tenir cet objectif.

Le réchauffement n’épargne pas la France

En renvoyant la balle dans le camp de la Chine et des Etats-Unis, Eric Zemmour semble occulter que la France est elle-même directement concernée par les conséquences du dérèglement climatique. « Les deux-tiers de la population française sont déjà fortement ou très fortement exposés aux risques climatiques », met en garde le Haut Conseil pour le climat.

« Sur les sept dernières années, à l’exception de 2021, le pays a connu des vagues de chaleur quasiment tous les étés », observe Françoise Vimeux. Sur le long terme, les températures vont continuer de grimper et les épisodes de canicule se multiplier. « Les jours très chauds (dépassant de 5 °C la moyenne) seront plus nombreux : de 36 aujourd’hui, ils passeraient vers 2030 à plus de 40 (scénario optimiste), voire à plus de 70 (scénario pessimiste) », relève l’Agence de la transition écologique (Ademe).

Nos émissions de gaz à effets de serre accentuent également la hausse du niveau de la mer et le recul de certains littoraux. En France, plusieurs villes côtières sont déjà menacées par la montée des eaux.

>> Votre ville ou votre plage sont-elles menacées par le réchauffement climatique ?

Enfin, ces dernières années, la France a connu plusieurs phénomènes météorologiques extrêmes. La climatologue Françoise Vimeux cite par exemple les pluies torrentielles qui ont ravagé les vallées de la Roya et de la Vésubie à l’automne 2020 ou plus récemment le cyclone Batsirai, qui a notamment frappé La Réunion. 

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