Free Delivery & 60-Day Returns* - Everyday!

Le scandale Orpéa révèle la détresse dans les Ehpad : « Ma mère est partie après six mois de souffrance » témoigne une Audoise

Dans l’Aude, Anne a perdu Emilie, sa maman, peu avant Noël. Victime d’un accident survenu en mars 2021 au sein d’un Ehpad privé audois, du groupe Korian, Emilie a été hospitalisée et son état a empiré au fil des mois. Aujourd’hui Anne apporte son témoignage sur la prise en charge de sa mère après l’accident.

Qu’avez-vous à reprocher à  la structure qui a hébergé votre maman ?

Au départ, Korian a été exemplaire pendant toute la crise sanitaire, avec l’application drastique d’un protocole dont j’ai d’ailleurs souffert, et ma mère également, à cause de l’interdiction des visites. Mais en tout cas il n’y a eu aucune contamination à l’intérieur de la maison de retraite et aucun décès. Le problème, c’est lorsque quelqu’un est malade et nécessite des soins spécifiques, comme ce fut le cas pour  ma mère. 

Que s’est-il passé ? 

L’accident est arrivé dans le jardin, lorsque le cylindre de 5 kg d’un appareil d’ergonomie s’est décroché et est tombé sur ma mère. J’étais derrière elle, et je l’aidais à dérouiller ses articulations. Heureusement, je l’ai retenue, et la roue ne l’a pas fait chuter, car elle ne se serait jamais relevée. Les pompiers l’ont transportée à l’hôpital, elle avait une plaie profonde à la jambe et un gros hématome aux genoux. 

Et ensuite ?

L’état de ma mère a empiré à cause d’une bande mal positionnée sur sa jambe et de pansements placés à l’envers pendant plusieurs semaines. C’est un mauvais concours de circonstances, le médecin qui s’occupait de maman est parti en juin et ma mère a passé l’été sans surveillance médicale permanente. Elle saignait toutes les nuits et les pansements ne servaient à rien, elle souffrait et ôtait ses pansements la nuit, car elle n’en pouvait plus. Lorsque j’ai constaté l’aggravation de son état, à mon retour de vacances, je l’ai amenée à l’hôpital en  consultation avec un spécialiste de la cicatrisation : le médecin s’est aperçu que les pansements étaient à l’envers, elle a envoyé un mail aux infirmières expliquant en détail le dispositif à appliquer correctement.

La conséquence ?

Non seulement le pansement n’avait aucun effet, mais au lieu de cicatriser, la blessure s’est aggravée. Ma mère pleurait de douleur. J’ai demandé à l’infirmière de se conformer aux indications des pansements. Elle était seule pour 80 pensionnaires. Comment consacrer une demi-heure de soins à ma mère dans de telles conditions ? Lorsqu’une autre infirmière a pris la relève, cette dernière a commis la même erreur. ça a continué pendant 3 semaines et elle a été à nouveau hospitalisée et c’est devenu une artérite mortelle. À son âge, elle ne s’en est pas remise.

Quelle est la cause de l’aggravation de son état ? 

Maman a pâti du manque de suivi médical. manque d’infirmières et d’une succession d’erreur : incompétence, manque de maîtrise et de suivi, défaut de transmission entre les soignants, défaut de formation en interne.

Comment a réagi la direction ?

La direction m’a immédiatement écrit, suite à l’accident, qu’elle mettrait tout en œuvre pour que son personnel soit attentif aux soins prodigués à ma mère. Ce qui n’a pas été le cas. Ma mère avait besoin de soins spécifiques et ne les a pas eus. La direction avait pourtant déployé d’énormes efforts pour remplacer le médecin parti à la retraite. Elle l’a même fait revenir en septembre. Et quand il a vu l’état de ma mère il était très surpris. 

Comment s’est comportée l’infirmière ? 

L’infirmière qui s’est occupée de ma mère n’y est pour rien, c’était très dur pour elle : ma mère hurlait de douleur, et l’infirmière était toute retournée, elle me disait : ça me fait mal de lui faire autant de mal. 

Pour moi l’Ehpad est incapable de prendre en charge la douleur et les soins, il ne s’est pas adapté à cette pathologie et en m’a pas informée de l’aggravation de son état lorsqu’il le fallait.  

Avez-vous déposé plainte ?

Non, je n’ai rien fait. Il aurait fallu qu’il y ait un constat et je ne voulais pas que ma mère soit un enjeu au sein d’une bataille judiciaire qui la dépasse, j’ai voulu éviter qu’elle subisse des répercussions. Il est possible qu’à un âge avancé une phlébite devienne une artérite. Aucun médecin, bien évidemment ne s’est positionné, rien ne me permet, à moi, profane, de faire un lien entre l’accident et le développement de sa maladie. Ce que je sais, c’est ce dont j’ai été témoin.  

Qu’éprouvez-vous aujourd’hui ?

Une immense colère. Ma mère est partie après 6 mois de souffrance. Cette pensée m’est intolérable. 

Les prénoms dans cet article sont des prénoms d’emprunt. 

 

 

Korian : « Le décès n’est pas lié à l’accident ! »

« Il n’y a pas eu de manque de personnel, une infirmière pour 80 résidents c’est faux ! Nous n’avons pas pâti d’un manque de moyens. Le décès n’est pas lié à l’accident, il n’y a eu aucun manquement dans le traitement du dossier, il n’y aucun lien de causalité, rétorque Laurie-Anne Lusseaud, directrice de Korian Occitanie. Nous avons deux infirmières et une infirmière cadre par jour. Il est vrai qu’un pansement a été placé à l’envers, mais ça ne s’est produit qu’une fois. Nous sommes en relation avec la cellule plaies et cicatrication de l’hôpital, c’est un protocole technique délicat. Pour nous ce dossier n’était pas une problématique ». 

 

A lire aussi :
Affaire des Ehpad Orpea : le principal syndicat des maisons de retraite privées de France dresse une liste de propositions

Articles populaires