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face au « grand gloubi-boulga » à gauche, des sympathisants tentés par le vote Macron ou l’abstention

Les électeurs de gauche ne savent plus où ils habitent. Socialistes, écologistes, insoumis, communistes… A moins de trois mois de l’élection présidentielle, ils sont nombreux à ne pas se retrouver dans les nombreuses candidatures de gauche. Dépités par les guerres fratricides et les sondages en berne, certains pourraient délaisser leur camp pour s’abstenir ou se tourner vers Emmanuel Macron.

« J’avais un dernier espoir de rassemblement de la gauche avec la Primaire populaire, mais avec la victoire de Christiane Taubira, c’est malheureusement une énième candidature qui vient s’ajouter à ce grand gloubi-boulga auquel personne ne comprend plus rien. C’est pathétique », regrette Mathieu, un militant socialiste qui envisage pour la toute première fois de ne pas voter à gauche. « Ecœuré », il assure qu’il votera pour Emmanuel Macron dès le premier tour de la présidentielle.

Face au spectacle qu’offre la gauche depuis le début de la campagne élyséenne, la stratégie du « en même temps » pourrait s’avérer payante pour le chef de l’Etat. Celui qui n’a cessé de s’afficher depuis 2017 comme un président « ni de droite ni de gauche » a en effet marqué de précieux points auprès d’une partie des sympathisants de gauche durant son quinquennat.

Selon une étude de l’institut BVA-Opinion dévoilée en octobre dernier par la Fondation Jean-Jaurès, 54% des sympathisants socialistes envisageaient alors de voter pour le chef de l’Etat dès le premier tour et 20% d’entre eux avaient même « l’intention certaine de le faire ». Emmanuel Macron ratissait même au-delà de l’électorat social-démocrate traditionnel : 38% des électeurs écologistes et 25% des sympathisants de la France insoumise pourraient glisser un bulletin dans l’urne en faveur du président sortant, le 10 avril prochain.

Cette étude intitulée « Présidentielle 2022 : à gauche, la tentation du vote utile » porte bien son nom. Si les électeurs de gauche ont décidé de bouder leurs candidats traditionnels, c’est d’abord parce qu’ils souhaitent faire barrage dès le premier tour à l’extrême droite. « C’est un élément de calcul évident », pour Sébastien, apprenti boulanger de 23 ans, qui avait voté pour Benoît Hamon en 2017. « Face au déplacement du centre de gravité à droite voire à l’extrême droite, je pense qu’Emmanuel Macron est le seul qui peut encore être un rempart à la droite filloniste de Valérie Pécresse et à la droite nationaliste de Marine Le Pen et Eric Zemmour », juge le jeune Bordelais.

Ce glissement vers la droite n’a pas échappé à la majorité, qui peut en tirer profit. « Comme le disait si justement le ministre Jean-Yves Le Drian, la social-démocratie a définitivement quitté le PS et elle a déménagé chez Territoires de progrès », se félicite le sénateur des Hauts-de-Seine Xavier Iacovelli, délégué général de cette petite formation politique. Cet ancien élu socialiste reconnaît devoir faire face à des critiques, comme sur la suppression de l’ISF au début du quinquennat. Cependant, il assure enregistrer « une bonne vingtaine de nouvelles adhésions chaque semaine en provenance essentiellement du Parti socialiste ».

Parmi les anciens partisans de Benoît Hamon ou de Jean-Luc Mélenchon en 2017, certains ont quand même choisi de se tourner vers Emmanuel Macron par conviction. Des déçus du PS se félicitent même de « la politique de gauche » menée par le président sortant. « En tant qu’ancien militant du PS, je me sens aujourd’hui beaucoup plus à l’aise pour défendre le bilan d’Emmanuel Macron que celui de François Hollande il y a cinq ans », lance Hervé. Après 25 ans de militantisme au Parti socialiste en région parisienne et dans le sud-ouest de la France, cet infirmier de 57 ans votera pour le candidat Macron « sans hésitation ».

« La PMA pour toutes, le reste à charge zéro, la suppression de la taxe d’habitation, la baisse du chômage, le dédoublement des classes… Pour moi qui suis profondément de gauche, Emmanuel Macron a fait le job. »

Hervé, infirmier et ex-militant au PS

franceinfo

Pour quelques néo-macronistes issus des rangs de la gauche et de l’écologie, « le quoi qu’il en coûte » instauré par l’exécutif face à la crise sanitaire a fait mouche. « Je pense que la crise du Covid-19 l’a révélé et non pas sauvé son quinquennat comme je l’entends partout. Emmanuel Macron n’était pas obligé de soutenir l’économie comme il l’a fait », estime Arlette, une jeune retraitée parisienne « très touchée » par les 1 500 euros par mois qu’elle a reçus de l’Etat pendant la crise pour assurer la survie de son cabinet d’orthophonie à Paris.

« De la reconnaissance », c’est aussi qu’éprouve Assia envers la politique du chef de l’Etat. Cette enseignante en technologie dans un collège francilien, jadis proche des idées de Jean-Luc Mélenchon, n’a pas voté en 2017. Cette fois-ci, elle ira aux urnes pour Emmanuel Macron les yeux fermés. « La prime de précarité de cent euros reçue par ma fille boursière pour ses études de pharmacie et le chèque énergie du même montant que j’ai reçu sont arrivés vraiment au bon moment pour nous », témoigne cette mère de famille de quatre enfants, très récemment encartée chez En Marche et Territoires de progrès.

Parmi ces sympathisants de gauche déboussolés, tous n’adhèrent pas à la politique d’Emmanuel Macron. Bien au contraire. Grégory, qui revendique un héritage familial communiste et socialiste, fustige « un président de droite, avec un ministre de l’Economie qui a attaqué le droit du travail et la politique musclée et inacceptable de Gérald Darmanin à l’Intérieur ». Il n’imagine pas donner sa voix au président sortant. Cet éducateur scolaire spécialisé de 48 ans a donc décidé pour la première fois de sa vie de citoyen de ne pas aller voter.

« Depuis des années, j’ai gardé mes convictions mais perdu mes illusions. Je ne me retrouve plus dans les candidats de gauche. »

Grégory, éducateur scolaire spécialisé

à franceinfo

« La désunion, j’en ai ma claque. Si la gauche était intelligente, elle verrait d’abord l’importance de faire progresser et passer des idées sociales avant de savoir si Yannick Jadot est mieux que Jean-Luc Mélenchon », s’emporte cet Orléanais qui se dit proche aujourd’hui des idées du candidat anticapitaliste, Philippe Poutou.

Daniel, père de famille de 46 ans dans la région de Bordeaux, est lui aussi « abasourdi » par la situation que vit la gauche française. Il est certain de ne pas aller voter non plus. « Ou alors peut-être que je glisserai un bulletin blanc avec ‘Jean-Michel Blanquer démission’ écrit dessus », ironise ce professeur de collège, actuellement en grève contre les protocoles sanitaires dans les écoles.

« Anne Hidalgo, c’est François Hollande au féminin. Yannick Jadot, c’est un libéral. J’aime beaucoup Christiane Taubira, mais j’ai l’impression que son programme est un peu vide. Quant à Mélenchon, je ne supporte pas le personnage et sa proximité avec Vladimir Poutine et la Chine. »

Daniel, enseignant en Gironde

à franceinfo

Les abstentionnistes sont légion également chez les électeurs de gauche qui avaient pris l’habitude de voter utile lors des précédents scrutins pour faire barrage à l’extrême droite. Julien, qui a toujours voté à gauche, a déjà pris sa décision : « J’ai fait le choix de ne plus jamais voter contre. Je ne voterai donc que pour et aujourd’hui, je ne vois pas pour qui voter à gauche. On ne me refera pas le coup de 2002 et de 2017. »

Comme Grégory, ce jeune chargé de mission dans l’environnement à Lyon en veut beaucoup aux candidats de gauche. « Voter pour des candidats qui ne feront pas plus de 5% parce qu’ils ne sont pas assez intelligents pour mettre leurs égo de côté me rend dingue », râle-t-il.

Malgré les divisions et l’éparpillement des voix au sein du bloc de gauche, qui ne pèserait que 23% à 25% selon les sondages, certains sympathisants veulent quand même croire à « une possible et vitale recomposition de la gauche ». Bien qu’opposé à ce système de départage citoyen, Franck a ainsi tenu à voter à la Primaire populaire. Cet ancien militant pro-Ségolène Royal soutiendra Emmanuel Macron au premier tour, « sauf si Yannick Jadot parvient à rassembler par miracle toute la gauche ». « Nous sommes nombreux à gauche à voter pour le président sortant car son quinquennat a été plutôt réussi, mais pour moi, Emmanuel Macron est un phénomène temporaire », pense ce cadre qui travaille dans le privé à Montrouge (Hauts-de-Seine).

Il se projette déjà en 2027, année de l’élection présidentielle suivante. Ce Parisien de 36 ans est convaincu que le clivage droite-gauche sera de retour après un possible deuxième quinquennat Macron. « Le PS aura explosé et Jean-Luc Mélenchon ne sera plus candidat. Il y aura donc une grande recomposition de la gauche et cette grande et nouvelle force de gauche aura face à elle sans doute Edouard Philippe, un vrai candidat de droite… », imagine-t-il.

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