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Aude – Port-La Nouvelle : Masha Levchenko : « Nous, Ukrainiens, avons la liberté dans le sang ! »

Masha Levchenko, 30 ans, née à Tcherkassy dans le centre de l’Ukraine à trois heures de Kiev, sur les rives du fleuve Dniepr, vit à Port-La Nouvelle depuis 7 ans avec son conjoint Olivier Raynaud. Cet artiste peintre vit très douloureusement l’invasion russe en Ukraine où ses parents et ses deux frères vivent toujours et avec qui elle est en contact permanent depuis le début du conflit. Elle porte un regard très critique sur l’attitude des Russes et l’assure : « Nous ne nous laisserons pas faire, nous n’abandonnerons pas notre terre. ». 

Dans quel état psychologique vous trouvez-vous ?

En début de semaine, un matin, tout le monde m’a appelée, tous mes amis m’ont réveillée pour me dire qu’il y avait la guerre. Depuis, je ne dors plus, ma vie s’est arrêtée. Je suis les actualités tout le temps, j’ai mes parents en visio plusieurs fois par jour, et avec mes deux jeunes frères, on s’envoie des textos audios toutes les deux heures…

Comment vont-ils ?

Mes deux petits frères sont à Kiev. Ils cherchent à quitter la capitale mais pour l’instant, ils ne peuvent pas. Jeudi, toutes les routes étaient bloquées et il n’y avait pas de transport en commun. Ils veulent rejoindre Tcherkassy où vivent mes parents dans le centre de l’Ukraine. C’est une zone plus sûre que Kiev parce que les Russes visent vraiment Kiev.

Vos parents sont-ils en sécurité ?

Ils ne paniquent pas. Ils continuent de vivre. Ma mère a confiance en son pays et mon père, qui peint des meubles, continue d’aller au travail. Dans les rues à Tcherkassy, les gens continuent de promener leurs chiens. Dans ce secteur, il y a eu des bombardements avec un civil tué. Un avion russe est notamment tombé…

Cela fait une centaine d’années que la Russie veut détruire, effacer la culture ukrainienne

Vous, votre famille vous attendiez-vous à une invasion de la Russie ?

On ne s’y attendait pas. On a tous été surpris. Seulement, on sait maintenant que l’armée ukrainienne savait très bien ce qui allait se passer et connaît parfaitement les cibles stratégiques visées par la Russie.

Croyez-vous l’armée ukrainienne capable de faire face ?

On compte beaucoup sur notre armée. Les hommes qui la composent sont d’une très grande force mentale. Notre armée est bien plus forte qu’il y a quelques années. Nous avons des soldats en réserve. La situation n’est plus la même qu’en 2014 à l’époque de l’annexion de la Crimée et du Donbass par la Russie. 

Quelle est l’opinion majoritaire en Ukraine eu égard aux agissements russes ?

Les Ukrainiens en ont marre qu’on les compare aux Russes, que l’on dise qu’il s’agit du même peuple. Mais c’est faux ! Absolument faux ! Les Ukrainiens sont Ukrainiens pas Russes. Ce n’est pas le même pays, pas la même mentalité. Cela fait une centaine d’années que la Russie veut détruire, effacer la culture ukrainienne. Dans les années 30, les Ukrainiens ont été victimes de meurtres de masse, dans les années 50, ils ont encore voulu détruire notre nation. Mais nous, les Ukrainiens, nous sommes épris de liberté, nous nous en foutons de la Russie, tout ce qu’on veut, c’est être libre et indépendant. Le Donbass, par exemple, c’est de la propagande russe, j’ai beaucoup d’amis qui ont dû quitter le Donbass parce qu’ils ne voulaient pas vivre sous le joug russe.

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Quand pour la dernière fois êtes-vous retournée en Ukraine ?

L’été dernier, il y a quelques mois. C’était super ! Tout le monde parlait ukrainien, le pays était en pleine forme, on sentait que les gens avaient beaucoup plus confiance en notre pays. L’économie se portait mieux, les gens portaient des vêtements ukrainiens et étaient fiers d’être Ukrainiens. Il y avait beaucoup d’espoir, de l’optimisme. 

La police distribue des armes aux civils

Les Ukrainiens sont-ils prêts à défendre leur pays les armes à la main ?

Il y a des volontaires pour intégrer nos forces armées. La police distribue des armes aux civils, c’est une réalité. On sait que des cocktails molotov sont prêts. On n’abandonnera pas notre terre comme ça…

Enfant, adolescente, jeune adulte, ressentiez-vous la pression russe ?

Oui, évidemment, toutes les chaînes de télévision étaient russophones par exemple. Ce qui était tout à fait anormal. Je vous l’ai dit, ils ont toujours voulu détruire notre culture.

Tout ce qu’on veut, c’est être libre et indépendant

Votre regard sur Volodymyr Zelensky, le président ukrainien ?

C’est un homme honnête qui est arrivé après des décennies de corruption, alors il n’a pas pu tout faire en deux ans… Ce n’est pas facile de changer tout ça aussi rapidement… Les gens lui font confiance, il aime l’Ukraine. L’Ukraine n’est plus ce qu’elle était sous l’influence russe. En 2014, lors de la révolution de Maïdan, la police s’était montrée violente, avait frappé des femmes, des enfants… Et le lendemain, des millions d’Ukrainiens s’étaient retrouvés pour manifester place Maïdan. Pour dire, « maintenant, ça suffit ! »

Comment voyez-vous l’avenir ?

Il faut bien comprendre que, nous, les Ukrainiens, la liberté coule dans nos veines. On est un peu comme les Français. Nous sommes des anciens Cosaques, nous avons la liberté dans le sang. Les Ukrainiens ne se laisseront pas faire.

 

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