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pourquoi les trois principaux candidats de gauche refusent de participer à ce scrutin inédit

L’objectif de la Primaire populaire est clair depuis le début : rassembler la gauche derrière un candidat unique capable de « faire gagner l’écologie et la justice sociale » lors de l’élection présidentielle. Pour ce faire, les organisateurs ont élaboré une plateforme commune d’idées au printemps 2021 et sélectionné dix candidats potentiels grâce à un système de parrainages, pour finalement retenir sept personnalités. Plus de 400 000 personnes – selon les chiffres communiqués dimanche 23 janvier par les organisateurs – seront donc appelées à voter à partir du jeudi 27 janvier, et jusqu’au dimanche 30, pour désigner leur champion via un mode de scrutin inédit (au jugement majoritaire).

Mais à moins de 80 jours du premier tour de la présidentielle, le 10 avril, seule Christiane Taubira, la dernière à s’être déclarée candidate, a acté sa participation et promis qu’elle se plierait aux résultats de ce scrutin (tout comme l’eurodéputé Pierre Larrouturou et les candidates issues de la société civile Charlotte Marchandise et Anna Agueb-Porterie). En revanche, les principaux candidats de gauche (Jean-Luc Mélenchon, Yannick Jadot et Anne Hidalgo) refusent toujours de participer à cette initiative citoyenne indépendante des partis politiques. Franceinfo vous explique pourquoi.

Parce que ce scrutin relèverait davantage d’un sondage que d’une primaire

C’est en effet ce que pense Jean-Philippe Derosier, professeur agrégé de droit public. « Le processus supposé de permettre une candidature commune pour la gauche à l’élection présidentielle est illégal. (…) Car, bien qu’elle en porte le nom, cette initiative n’est pas une primaire. Et bien qu’elle n’en porte pas le nom, elle n’est autre qu’un sondage », assure le juriste dans une tribune au JDD. 

Ce membre de l’Institut universitaire de France pointe aussi une entorse au « principe de sincérité du scrutin » garanti par la Constitution, du fait de l’inclusion d’office de trois candidats qui ont pourtant refusé d’y participer. Une situation « problématique et insincère » que dénonce le camp de Jean-Luc Mélenchon dans un communiqué.

Mais pour Philippe Bluteau, l’avocat de la Primaire populaire, ces critiques n’ont pas lieu d’être. « Le Conseil constitutionnel considère qu’à partir du moment où un candidat a au moins cinq jours avant le scrutin pour réagir à une information qui le concerne, alors les électeurs ne sont pas trompés. Les résultats seront publiés deux mois avant le 1er tour. Le délai est largement considéré comme suffisant par le Conseil Constitutionnel pour que tous les candidats – y compris ceux qui ne sont pas engagés à respecter nos résultats – fassent savoir que ces résultats ne les engagent pas », se défend-il auprès du HuffPost.

Parce qu’il arrive trop tard pour créer les conditions d’un rassemblement

C’est ce que pensent avant tout Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon. Pour le candidat écologiste, qui a déjà participé et remporté la primaire de son parti, « la Primaire populaire est une machine à perdre ». Contrairement à Sandrine Rousseau, qui a milité en interne pour que l’eurodéputé vert change d’avis, Yannick Jadot persiste et signe. « Cela fait un an que l’on débat, cela fait un an que l’on prépare un projet. Qu’on nous laisse parler de nos propositions et que l’on arrête de nous embêter, qu’on nous laisse gagner. Que la Primaire populaire arrête de tuer la gauche et l’écologie. Qu’ils nous laissent gagner cette élection présidentielle », a-t-il lancé mercredi sur franceinfo.

Même constat du côté de La France insoumise. Pour Jean-Luc Mélenchon, il existe beaucoup trop de divergences de programmes avec les autres candidats de gauche. Et à moins de trois mois de l’élection présidentielle, « il n’est pas sérieux », selon lui, de vouloir élaborer un projet politique commun. Le candidat de LFI, qui n’a jamais voulu discuter avec ses petits camarades de gauche depuis le début de la campagne, est catégorique : « la Primaire populaire n’est pas mon affaire. Ce n’est pas d’union dont nous avons besoin parce qu’elle empêcherait la mobilisation », a-t-il martelé récemment sur RTL.

Enfin, Anne Hidalgo qui avait elle-même tenté d’initier une primaire de la gauche début décembre, a finalement fait volte-face. Après le refus catégorique des autres candidats, et en particulier de Yannick Jadot, la maire PS de Paris a décidé de poursuivre sa campagne et de ne pas se soumettre non plus au vote de la Primaire populaire. « Ils peuvent retirer mon nom. Je sais qu’ils ne le feront pas puisqu’ils ont déjà répondu à Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon, mais je ne tiendrai aucun compte des résultats de cette primaire », a-t-elle assuré sur France Info.

Parce que les intentions des organisateurs sont mises en doute

Dans une vidéo datée du 2 novembre et destinée initialement aux bénévoles de la Primaire populaire, Samuel Grzybowski, l’un des porte-parole de cette initiative citoyenne, affirme que « le but politique [de la Primaire populaire], est d’essayer d’empêcher qu’Anne Hidalgo, Jean-Luc Mélenchon, Fabien Roussel, Arnaud Montebourg et Yannick Jadot, puissent avoir les 500 signatures » nécessaires pour se présenter à l’élection présidentielle. 

De quoi semer le trouble sur les intentions réelles des organisateurs de ce vote, que les candidats « insoumis » et écologiste se sont empressés de dénoncer. Manuel Bompard, le directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon a taclé dans un communiqué « le caractère délibérément brutal de cette initiative, sans respect des personnes engagées dans cette élection présidentielle ». Avant d’ajouter : « Ainsi, les candidats seront soumis au vote sans leur accord. D’autres n’y seront pas, sans leurs avis non plus », en référence notamment à Fabien Roussel, le candidat communiste qui ne figure pas parmi les sept personnalités de la Primaire populaire. Les organisateurs se défendent en évoquant de leur côté la fuite d’une « vidéo à usage interne, sortie de son contexte » et utilisée pour « discréditer ».

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