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VRAI OU FAKE. Peut-on être considéré comme « riche » si on dispose d’une résidence principale à Paris estimée à 1,3 million d’euros ?

Est-on forcément riche quand on commence à payer l’impôt sur la fortune immobilière ? Autrement dit, quand on possède un patrimoine immobilier d’une valeur d’au moins 1,3 million d’euros. Pour Eric Zemmour, la réponse est non. Invité de franceinfo, lundi 22 novembre, le polémiste d’extrême droite a avancé cet argument : « 1,3 million à Paris, c’est un 100 m2 ». Et d’en conclure que « ce n’est pas ce qu’on appelle des riches ».

L’essayiste considère que cette contribution, qui a remplacé l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF) depuis 2018, est « un impôt confiscatoire ». Car « il ne touche que les logements », or « le prix de ces logements a considérablement augmenté, en tout cas dans les grandes villes ». Pour celui qui n’a pas encore annoncé sa candidature à l’élection présidentielle, « il faudrait sortir la résidence principale de ce calcul-là ». La prise de position d’Eric Zemmour soulève une interrogation : à partir de quel seuil est-on considéré comme entrant dans la catégorie des « riches » en France ?

Commençons par une précision : si vous disposez de 1,3 million d’euros, ce n’est pas 100 m2, mais plutôt 121 m2 que vous pourrez vous offrir à Paris. Dans la capitale, le prix moyen au mètre carré est en effet de 10 790 euros, selon la carte des prix de l’immobilier de la Chambre des notaires de Paris, établie fin septembre. L’estimation faite par Eric Zemmour correspond aux tarifs pratiqués dans les beaux quartiers du centre de la capitale. Le prix moyen au mètre carré frôle les 13 000 euros dans les 2e, 3e et 5e arrondissements et les dépasse dans les 1er, 4e, 6e et 7e. Dans la capitale, le prix au mètre carré a flambé, augmentant de 30% en cinq ans, même si la hausse n’a été que de 0,1% entre 2020 et 2021. La plupart de ces arrondissements figurent dans la liste des villes où vivent les 10% les plus riches de la population française, selon les données de l’Insee datant de 2017, notait l’Observatoire des inégalités fin 2020.

Une fois ce constat posé, la question reste entière : où se situe-t-on par rapport au reste des Français quand on dispose d’un patrimoine immobilier de 1,3 million d’euros au moins et qu’on est donc assujetti à l’impôt sur la fortune immobilière (IFI) ? Pour avoir la réponse, il faut s’intéresser au mode de calcul de l’IFI et donc au montant de patrimoine net. Car, comme le rappelle Bercy, l’IFI « se calcule en prenant en compte votre patrimoine net taxable au 1er janvier de l’année d’imposition ». « Le patrimoine net taxable est la somme des valeurs imposables de vos biens immobiliers, auquel on soustrait les dettes déductibles ». C’est-à-dire les emprunts contractés pour acheter le bien ou les dépenses faites dans le cadre de travaux de construction ou d’agrandissement par exemple, détaille les services des impôts. Un abattement de 30% sur la valeur de la résidence principale est également appliqué.

Le patrimoine net des ménages français a été étudié par l’Insee. Sa dernière enquête en date sur le sujet a été publiée cette année à partir de données remontant à 2018. En détenant un patrimoine immobilier de 1,3 million d’euros, on est plus riche que 50% des ménages, la moitié des foyers possédant moins de 117 000 euros de patrimoine net. Un tel patrimoine immobilier correspond à la catégorie des « ménages à haut patrimoine », qui détiennent en moyenne un patrimoine brut de 1 279 100 euros. Pour cette catégorie de ménages, l’Insee ne communique pas systématiquement le patrimoine net, mais le patrimoine brut. Ce dernier correspond au montant total des actifs détenus par un ménage (qu’ils soient immobiliers, financiers ou professionnels), sans en déduire le montant du capital qu’il doit encore au titre des emprunts qu’il a souscrits.

Même dans cette classe patrimoniale, un tel ménage est plus fortuné que les 10% les plus riches, ceux-ci disposant de 549 600 euros de patrimoine net au minimum. Il est même plus aisé que les 5% les mieux dotés, ces derniers détenant un patrimoine net de 794 800 euros au moins. Il reste toutefois moins bien loti que les 1% les plus riches, qui ont un patrimoine net atteignant au moins 1 745 800 euros. Ce patrimoine de 1,3 million d’euros place son détenteur parmi les 3% des ménages les plus argentés, ceux ayant un patrimoine brut moyen de 1 260 000 euros.

Le cas pris pour exemple par Eric Zemmour, reposant sur un patrimoine immobilier imposable composé d’un unique appartement parisien de 1,3 million d’euros, apparaît peu représentatif de la situation patrimoniale de ces foyers très aisés. Le patrimoine des 10% des ménages les plus riches n’est en effet pas composé à 100% de biens immobiliers. Bien au contraire. Parmi les « ménages à haut patrimoine », l’immobilier compte pour moitié de la fortune (51%), devant les actifs financiers (24%) et professionnels (19%), d’après l’Insee.

Plus le patrimoine immobilier imposable d’un foyer imposé sur la fortune immobilière est conséquent, moins la part de sa résidence principale est importante. Pour les foyers dont l’IFI est compris entre 1,3 et 2,5 millions d’euros, la résidence principale représente en moyenne près d’un tiers du patrimoine déclaré. Mais pour les foyers dont le patrimoine est supérieur à 10 millions d’euros, la résidence principale ne compte que pour 6% en moyenne du patrimoine immobilier, selon les chiffres donnés par la Direction générale des finances publiques dans sa note sur l’IFI en 2020 (datée de juillet 2021).

Reste une question : combien de contribuables disposent d’une fortune immobilière suffisante pour être soumis à l’IFI ? En devenant redevable de cet impôt, on rejoint un cercle très fermé de 143 337 foyers fiscaux en 2020, sur un total de 39,3 millions de foyers fiscaux, d’après la DGFIP. Parmi ceux-ci, environ 65 000 foyers (soit environ 45%) ont un patrimoine immobilier imposable compris entre 1,3 et 1,8 million d’euros, soit comparable à celui du cas cité par Eric Zemmour. Les autres ayant une fortune immobilière supérieure. « En moyenne, le montant de l’IFI s’élève à moins de 11 000 euros par foyer, soit 0,4 % du patrimoine immobilier imposable moyen des déclarants », précise la DGFIP. Mais « plus de la moitié des foyers dont le patrimoine immobilier imposable est inférieur à 1,8 million d’euros sont redevables d’un montant inférieur à 4 000 euros ». 

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