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ces maires que les candidats à la présidentielle peinent de plus en plus à convaincre

« Recherche parrainages désespérément » . Voilà l’annonce que pourraient publier certains candidats à l’élection présidentielle de 2022. Alors que le scrutin a lieu dans cinq mois, ils sont en ce début de novembre en pleine opération séduction auprès des élus locaux, notamment des maires, pour obtenir les 500 signatures obligatoires afin de pouvoir participer officiellement à l’élection. 

À Mareau-aux-Prés (Loiret), par exemple, le maire a déjà reçu une dizaine de demandes. « Fabien Roussel, Jean-Luc Mélenchon, Jean Lassalle, Florian Philippot, Marine Le Pen, Hélène Thouy… », liste Bertrand Hauchecorne en ouvrant sa pochette dédiée. L’élu de cette commune de 1 500 habitants est parfois un peu décontenancé par les noms des candidats. « Jacline Mouraud, je ne sais même pas qui c’est », dit-il à propos de l’ancienne figure du mouvement des « gilets jaunes ».

Pourtant, aucune de ces lettres ou de ces mails ne motivent le maire. « Je suis dans l’état d’esprit de ne pas parrainer », explique celui qui avait l’habitude de parrainer le candidat socialiste avant de quitter le PS. Il ne se sent désormais plus obligé de soutenir quelqu’un. « Je ne suis pas favorable à l’idée de parrainer un petit candidat qui fera de la figuration ou défendra un projet particulier. Quant aux autres, personne n’aura vraiment besoin de moi », estime-t-il.

« En tant que maire d’une petite commune, ce n’est pas la peine de trop prendre parti dans ce genre de choses. »

Bertrand Hauchecorne, maire de Mareau-aux-Prés (Loiret)

à franceinfo

Bertrand Hauchecorne a le profil type des maires de petites communes. Souvent, ces élus n’ont pas d’étiquette politique et leurs conseillers municipaux ont des convictions diverses. Ils ont régulièrement l’impression qu’on ne s’intéresse à eux qu’au moment des élections. « On nous sollicite tous les cinq ans et une fois qu’on a donné notre parrainage, terminé ! », s’agace Alain Martin, maire de Mérobert (Essonne). L’élu de cette commune de 600 âmes se dit « vraiment déçu » par l’attitude des candidats. « Je voudrais que les petites communes soient bien reconnues par rapport aux grosses métropoles. » Il dénonce notamment des lenteurs autour du dossier de rénovation d’une église de sa commune et des difficultés pour obtenir des subsides pour rénover la voirie.

A Mareau-aux-Prés (Loiret), le maire Bertrand Hauchecorne a déjà reçu une dizaine de demandes de parrainages pour l’élection présidentielle au début du mois de novembre 2021. (AUDERY TISON / RADIO FRANCE)

Dans la petite ville des Molières (Essonne), le maire n’accordera pas non plus son parrainage. Parmi les courriers reçus par l’édile de cette commune de 2 000 habitants, il y a celui d’Eric Zemmour. Le candidat putatif lui a envoyé à deux reprises « une proposition de rendez-vous, pas forcément avec lui d’ailleurs », précise-t-il.  « J’ai dit que ce n’était pas la peine, qu’il valait mieux arrêter d’envoyer des messages », raconte Yvan Lubraneski. Sa décision d’abstention a pour objectif de dénoncer un manque de pratique démocratique car, dans sa commune, il pratique la démocratie coopérative. « On essaie de mettre en place un vrai lien avec les citoyens et on ne voit pas l’identique de cette démocratie locale à travers cette élection présidentielle », déplore Yvan Lubraneski, qui compte d’ailleurs faire passer le message grâce à une tribune, signée par de nombreux maires.

« Aucun des candidats n’a pris le soin, pendant un an, de construire un projet en allant voir les citoyens sur le terrain et, surtout, en travaillant avec eux. Il ne s’agit pas simplement d’aller dans des lieux symboliques pour serrer des mains. »

Yvan Lubraneski, maire des Molières (Essonne)

à franceinfo

Les différents témoignages de ces maires se vérifient en chiffres. En effet, de moins en moins d’élus acceptent de parrainer des candidats. Ainsi, sur les 42 000 maires de France, conseillers départementaux et régionaux, élus de l’assemblée de Corse ou des assemblées d’Outre-mer, députés ou sénateurs, 17 815 avaient signé pour un candidat en 2002. En 2017, ils étaient 14 296. Seul un tiers des élus (34%) parrainent des candidats. Cette proportion est même plus faible si on ne regarde que la catégorie des maires. 

Il est impossible pour l’instant de savoir où en sont les candidats dans leurs collectes car chacun ne recueille que des promesses de parrainages. La période officielle d’envoi de ceux-ci n’ouvrira pas avant le mois de février. Mais pour se démarquer dans cette course aux parrainages, les petits candidats doivent se démener, contrairement aux candidats des grands partis, comme Les Républicains ou le Parti socialiste, qui peuvent compter sur de nombreux élus encartés. Le candidat du parti Les Patriotes, Florian Philippot, met par exemple la main à la pâte. « Je suis amené à contacter des maires au téléphone et à en voir. Je vais par ailleurs organiser de plus en plus de réunions de maires dans les cantons », détaille-t-il. À ses côtés, plusieurs centaines de militants prospectent directement dans les mairies. 

« On doit mettre beaucoup de temps et d’énergie dans cette affaire des parrainages. »

Florian Philippot, candidat à la présidentielle

à franceinfo

À l’autre bout de l’échiquier politique, chez Révolution permanente et son candidat Anasse Kazib, la stratégie est la même. « On prend la route tôt le matin pour aller en mairie ou directement chez les maires », raconte ainsi Léo, un étudiant qui a passé une semaine en tournée dans le Lot pour cela. « On les rencontre et on leur demande de bien vouloir nous accorder quelques minutes de discussion. » À ses côtés, Elsa assure que, si les maires sont très sollicités, il reçoivent peu de visites physiques. « On peut donc avoir différents types de discussions et de parrainages », explique-t-elle.

« Sur un week-end de tournée, il nous est déjà arrivé de faire 1 000 kilomètres. »

Elsa, militante de Révolution permanente

à franceinfo

Léo et Alsa arrivent armés de leur carte de France et leur bagout. « Pour certains, c’est un parrainage démocratique. Qu’ils soient d’accord ou pas, ils ont hérité de cette responsabilité. Parfois, il y a aussi de vraies rencontres politiques », soulignent les deux militants. Comme eux, des dizaines de binômes parcourent la France pour Révolution permanente, quitte à passer plusieurs jours loin de chez eux. Pour rôder leur discours, ils peuvent consulter un guide ou regarder des tutos vidéo mis au point par leur parti.

La France insoumise a sensiblement la même démarche et mise sur ses militants aux quatre coins du pays. Pour organiser le travail des volontaires, ces derniers sont invités à télécharger une application sur leur téléphone. « Cette plateforme permet à chacun de dire : ‘Ce maire, qui est à dix kilomètres de chez moi, je me charge de le rencontrer’, » décrit Guylem Serieys, qui coordonne le système. Par la suite, le volontaire peut renseigner plusieurs indications : « Le maire a-t-il déjà accordé sa promesse de parrainage à un autre candidat ? A-t-il besoin d’y réfléchir ? On sait notamment s’il est utile de le recontacter dans quelques semaines. »

Jean-Luc Mélenchon, Anasse Kazib et Florian Philippot ont au moins un point commun : ils estiment que le système des parrainages par des élus n’est plus adapté. Les insoumis proposent par exemple de le remplacer par un système avec un nombre minimal de citoyens.

Enfin, une autre technique est utilisée par au moins un candidat souverainiste : l’appel à un prestataire privé. Nous avons identifié un homme, Norbert Chetail, qui propose ses services tous les cinq ans. Il possède une agence de communication et relations publiques, forme des militants au démarchage et va aussi lui-même dans les mairies. Il se targue ainsi d’avoir recueilli un millier de signatures en quatre élections.

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