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Carcassonne : Au Viguier, mutisme, incompréhension et sidération après le drame

Trois jours sont passés depuis le drame, où deux jeunes de 18 et 21 ans ont été abattus de sang-froid dans un quartier de Carcassonne. Au Viguier, en deuil et sidération, on veut avant tout « restaurer la vérité » alors qu’une marche blanche doit se tenir dimanche 7 novembre.

Depuis des années le quartier prioritaire du Viguier tente de s’extirper d’un passé à la mauvaise réputation. Un quotidien ponctué ici et là de dégradations, de bagarres ou de rivalités surtout verbales, autant de « codes d’honneur » presque effacés de la vie quotidienne. Il y a aussi l’autre face, celle des « ingénieurs », des « étudiants à l’université », des « cadres supérieurs » et autres « gradés militaires » issus du Viguier, articulé autour de son centre social, très actif. Celle désormais de Billel, « déscolarisé mais qui avait changé » et Anas, tués par balles, dans ce que leurs amis et proches rencontrés trois jours après le drame décrivent comme un guet-apens dans un « lieu de deal ». 

Le quartier de Grazailles, à 5 km du Viguier, se situe à l’autre bout de l’agglomération bâtie autour de la bastide historique. Un quartier qui n’a jamais trop fait parler de lui, proche du lycée privilégié par la classe moyenne locale, du terrain d’entraînement du pôle XIII départemental, pas si loin non plus du Conseil départemental de l’Aude. C’est d’avoir occulté qu’un lieu de deal s’est incrusté là avec le danger inhérent de la banalisation des armes à feu que l’on observe sur l’ensemble du territoire français, qui a coûté la vie aux deux jeunes. 

Le père de l’un, s’est démené pour éviter à son fils d’être tenté par une vie de délinquance. « Il lui paye ce qu’il veut, il vient le chercher au foot, il travaille comme un fou sur les chantiers pour son seul fils » raconte un médiateur œuvrant au Football Agglomération Carcassonne FAC. Les deux victimes y jouaient. 

« Mais, pourquoi ? »

« Ils sont partis pour rien du tout, même pas pour un euro, c’est ça qui est grave » résume Mohammed, éducateur et médiateur au Viguier, ex-joueur du FAC lui aussi, le club qui fait le lien social ici, comme celui de Karaté, de Futsal. « Comment deux enfants – nos enfants – peuvent-ils mourir sous les balles dans un quartier comme Grazailles ? » s’interroge l’éducateur qui réfute « tout lien avec la drogue », comme le font tous les éducateurs et gamins rencontrés. Certains d’entre eux ont encore les yeux rouges de larmes en pensant aux parents prostrés qui ne comprennent ni la mort, ni les balles, ni les associations avec le trafic de drogue. Ceux qui étaient les témoins directs de la scène, qui ont emmené les corps aux urgences, se sont ensuite rendus au commissariat, sont reclus chez eux, « muets » en « grand besoin d’une assistance psychologique », ils ont tenu les victimes dans leurs bras.

Comment en est-on arrivé là ? C’est l’enquête qui démarre à peine menée par la police judiciaire de Perpignan qui le dira. Parmi les versions qui circulent, celle d’un différend « à l’ancienne », quand « on en vient juste aux poings pour des broutilles, comme ça arrive de temps en temps  » est la plus fréquente. Ce qui importe en attendant que la justice fasse son œuvre, c’est le deuil des familles. Des jeunes d’autres quartiers prioritaires de Carcassonne, Trèbes, viennent au Viguier avec une seule question « mais pourquoi ? ».

 

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