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Cameroun: Paul Biya souffle ses 39 bougies au palais d’Etoudi

«Ne dure pas au pouvoir qui veut…». L’auteur de ces propos est arrivé au pouvoir le 6 novembre 1982. Ce 6 novembre 2021, cela fait exactement 39 ans jour pour jour qu’il est au pouvoir. Paul Biya puisque c’est de lui qu’il s’agit a accédé à la magistrature suprême en devenant le deuxième président du Cameroun suite à la démission surprise du président Ahmadou Ahidjo alors au pouvoir depuis l’indépendance du pays, le 1er janvier 1960, et dont il était «le successeur constitutionnel».
Agé aujourd’hui de 88 ans, le chef de l’Etat, tantôt qualifié de sphinx, tantôt d’épervier, fêtera l’an prochain ses 40 ans de pouvoir, rejoignant un cercle fermé des «quadras» à l’instar de l’Equato-guinéen Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, du Gabonais feu Omar Bongo Ondimba ou encore du Libyen feu Mouammar Kadhafi.

Au terme de cette longévité exceptionnelle au pouvoir, Paul Biya a eu à faire face à de nombreux défis. Sur le plan politique, il s’agit d’assurer l’unité et la paix dans un contexte de relents sécessionnistes. Sur le plan économique, le Cameroun vise l’émergence en 2035. La réalité est moins reluisante puisque selon l’ONU, le taux de pauvreté stagne autour de 40%, insensible à la cadence de la réalisation de projets structurants dans certains domaines. L’endettement du Cameroun qui atteint 200 milliards de dollars réduit la marge de manœuvre de la première économie de la CEMAC.

L’accès aux services de base, notamment à la santé, à l’éducation, à l’eau, à l’énergie ou aux infrastructures de communication reste une gageure pour un citoyen sur deux selon l’Enquête camerounaise auprès des ménages (ECAM5) parue en 2021.

Sur le plan socioculturel, le Cameroun est un volcan couvant l’ethnicité avec un regain du tribalisme.,Les enjeux sécuritaires compliquent la donne. Hormis les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest, en butte à des violences séparatistes, l’Extrême-nord et l’Est sont respectivement victimes d’attaques terroristes de Boko Haram et des incursions de rebelles centrafricains.  

Rigueur et moralisation

A son arrivée au pouvoir, Paul Biya alors estampillé du titre du «père du Renouveau» place son magistère sous le signe de «la rigueur et de la moralisation». La deuxième République qui vit le jour avait pour socle l’ouverture démocratique et la consolidation du développement économique. Un discours innovant qui captivait l’intérêt des Camerounais “libérés” d’un régime autocratique où la liberté d’expression était sous-contrôle.

Le premier combat du nouveau président fut de s’affranchir du joug de son prédécesseur qui avait certes démissionné à la tête de l’Etat mais tout en conservant l’essentiel du pouvoir en sa qualité de président de l’Union nationale camerounaise (UNC), le parti unique ayant la primauté sur le chef de l’Etat. Le bicéphalisme fut vite dépassé. Le 24 mars 1985, Paul Biya qui avait échappé à plusieurs tentatives de renversement notamment suite au putsch du 6 avril 1984 imputé aux partisans de l’ex président – condamné par contumace – dissout l’UNC et crée le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) dont il devient le président national.

Sous la férule du nouveau parti unique, il entreprend la démocratisation de la vie politique à travers l’organisation des élections internes dès 1987 marquées par la défaite de plusieurs barons du régime. La crise économique contraindra le Cameroun à faire allégeance aux institutions de Brettons Woods. Le programme d’ajustement structurel contredisait la fameuse déclaration de Paul Biya lors d’un discours à l’Assemblée nationale en 1987 selon laquelle «le Cameroun n’ira pas au Fonds monétaire international (FMI)». Non seulement, Yaoundé y alla mais confia ses leviers économiques au FMI et à la Banque Mondiale à l’instar de la plupart des pays africains.

À la crise de la dette s’ajoutait un autre phénomène: les vents de l’Est et le fameux discours de la Baule. C’était au début des années 90. Plusieurs pays Africains furent contraints d’adopter les conférences nationales et le multipartisme. Le chef de l’Etat camerounais concéda à l’ouverture démocratique suspendue depuis 1966 par son prédécesseur mais déclarera plus tard que «la conférence nationale souveraine est sans objet» provoquant l’embrasement du pays dont une bonne partie est alors acquise à l’opposition militant pour le changement immédiat.

Entre contestations populaires à travers la désobéissance civile et «les villes mortes», le pouvoir a vacillé mais a résisté, Paul Biya réussissant à se faire réélire avec une courte majorité relative lors du premier scrutin présidentiel pluraliste organisé en 1992. Un hic cependant, sa formation politique ne parvint pas à remporter la majorité absolue au parlement.
Alors qu’on s’attendait à une cohabitation à la tête du pays, le chef de l’Etat réussira le tour de force de former une majorité parlementaire autour du RDPC à travers des accords politiques conclus avec des formations politiques de l’opposition à l’instar du parti historique, l’Union des populations du Cameroun (UPC). Paradoxe de l’histoire, le parti du résistant Ruben Um Nyobé, tué en 1958 par les forces coloniales françaises pour avoir notamment réclamé l’unification des Cameroun de culture anglaise et française avant l’indépendance, venait de sauver le pouvoir qualifié de «néocolonial» par le vocabulaire politique en vogue de l’époque.

Entre critiques de l’opposition et soutiens de la majorité

Depuis lors, Paul Biya a toujours été réélu, réussissant à faire modifier la Constitution en 2008 en faisant sauter le verrou constitutionnel qui limitait à deux septennats le bail présidentiel. En ce mois de novembre 2021, soit quatre ans avant la fin de son mandat en 2025, certains de ses partisans appellent déjà à sa candidature pour le prochain scrutin. Le pouvoir de Paul Biya se consolide alors que le Cameroun est confronté à une crise sociopolitique dans les régions anglophones du Nord-ouest et du Sud-ouest où depuis cinq ans, certains ressortissants de cette partie du pays, soit près de 20% des 26 millions de la population, militent pour la sécession à travers des attaques armées. Si la position défendue par l’UPC à l’ONU dans les années 1950 préconisant l’unification avant l’indépendance du pays avait été retenue, il y a de fortes chances que le Cameroun n’en serait pas là.

Au regard des potentialités économiques et humaines dont regorgent ce pays, certains observateurs qui voyaient le Cameroun devenir un dragon d’Afrique au lendemain de son indépendance ont dû revoir leur copie, le pays étant englué dans une conjoncture difficile où l’essentiel du tissu économique mis en place dans les décennies 1970-1980 a été détruit entrainant de graves répercussions sociales. Sur la base d’un plan de relance de l’économie, le gouvernement a indiqué que le taux de croissance ayant chuté à 0,7% en 2020 contre 3,7% en 2019 du fait de la pandémie du Coronavirus devrait cependant reprendre une courbe évolutive pour se situer à 3,4% du PIB (Produit intérieur brut) en 2021, avant de s’établir à 4,4% en 2022. Un regain d’activité estiment des analystes qui reste malgré tout en deçà des attentes.

En tout état de cause pour l’opposition et bon nombre de ses concitoyens, Paul Biya, doublement usé par la longévité du pouvoir et affaibli par son grand âge, «ne peut plus rien apporter aux Camerounais». Par conséquent, il serait judicieux qu’il cède le pouvoir pour éviter des lendemains incertains. Un discours totalement en déphasage avec la thèse défendue par ses partisans qui soutiennent mordicus que «l’homme du 6 novembre 82 » reste et demeure la solution, lui dont l’œuvre de construction nationale amènera le Cameroun vers l’émergence projetée en 2035. Dans ce débat politique, il reviendra peut-être à l’Histoire de juger si Paul Biya aura finalement atteint son objectif d’être considéré comme celui qui a «apporté la démocratie et le progrès» à son pays.

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