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Mobilité en milieu rural : cette association de Lozère qui explore toutes les pistes

Au début, en 2008, l’association s’appelait VOISINE, et elle a porté une solution de covoiturage dans le plus petit département de France. Devenue Agence Lozérienne de la Mobilité, elle explore des pistes pour ne pas laisser au bord du chemin, ceux qui sont isolés et ne peuvent se déplacer. Elle ouvre bien des voies au nom de la mobilité en milieu rural. Voici quelques chemins à suivre.

1. Au démarrage : la voie inexplorée du covoiturage

Le covoiturage en milieu rural ? En 2008, la Lozère, le plus petit département de France par le nombre d’habitants mais doté d’un “monstrueux” Gévaudan, ne pouvait songer y accéder. “2008, c’est l’année de naissance de Blablacar. Autant dire qu’en Lozère, le covoiturage n’était pas encore connu, sauf des gens qui venaient des grandes villes où il y avait déjà une certaine pratique. Chez nous, on était aussi un peu frileux, de ce côté-là : partager sa voiture, ce n’était pas évident”, se souvient Evelyne Boukera.

Elle est la fondatrice, en cette année 2008, d’une association qui a voulu aller contre vents et marées. Baptisée alors VOISINE (pour coVOIturage Solidaire Intégré à l’Environnement), elle se lance dans le covoiturage rural, un Blablacar local, face à un impératif : “Aider les personnes qui ne peuvent plus conduire ou n’ont pas de voiture”. Dans la famille d’Evelyne, c’est le cas de son père, qui ne peut plus rouler. “Il y avait un constat aussi de la part du Secours catholique et d’autres associations d’aide aux personnes, qui se rendaient compte qu’il y avait des difficultés à se déplacer pour des personnes très isolées”, se souvient la Lozérienne. Que rien n’a arrêté.

Un Blablacar local

À une époque où ces systèmes étaient encore en rodage au niveau national, “je me suis fait aider par un informaticien pour créer une application de mise en relation. Il suffisait de signifier son point de départ, d’arrivée, le jour du déplacement. Les personnes qui proposaient un trajet, comme celles qui désiraient y accéder, s’inscrivaient”.

Pour faire circuler l’idée dans le département, un gros coup de starter a été nécessaire, à savoir une grande campagne de communication qui est même passée par une pièce de théâtre, écrite et jouée par l’association, et suivie d’un débat. “Pour informer les personnes de façon ludique, et les sensibiliser plus encore ensuite par le jeu des questions-réponses”. Le démarrage n’a pas été si long.

“L’association a été bien vue et accueillie, parce qu’il y avait un réel besoin. Très vite on a eu beaucoup d’inscriptions, même si dans un département pas très peuplé, tout est relatif. Nous avons eu jusqu’à 400 propositions de trajets par an. Pour nous, c’était très satisfaisant”. L’offre a été conduite jusqu’en 2016. Associée un an auparavant avec un autre réseau, plus large, de centrales de mobilités, dont elle a partagé l’outil numérique, elle a subi le frein financier qui a stoppé ce partenaire.

L’offre de covoiturage de VOISINE, devenue alors Agence Lozérienne de la Mobilité, a été arrêtée. Priorité à un acteur numéro 1, même dans le plus petit département de France : « À partir de 2014, Blablacar s’est fait plus largement connaître, et c’était beaucoup plus pertinent. Notre site se concentrait sur la Lozère, sur des trajets à l’intérieur du département. C’était un peu limité. Le covoiturage est beaucoup plus utilisé pour sortir du territoire et aller d’une ville à l’autre”.

De nombreuses pistes sont explorées, pour assurer le droit à la mobilité.

2. Des “carapattes” en passant par un garage solidaire

L’association poursuit malgré tout le chemin, car les besoins de mobilité demeurent importants sur le territoire. “Chaque année, on a fait de nouvelles choses, on a évolué. On touche à tout ce qui est en relation avec ce sujet, pour que les gens aient un vrai droit à la mobilité en Lozère”, explique la présidente.

Recensement des voies cyclables du département – “cela a été vite fait; et on s’est rendu compte que beaucoup étaient en train de disparaître” ;  mise en train, avec des écoles, de carapattes (pédibus), ces caravanes pédestres d’enfants qui réhabilitent la marche à pied pour parcourir le chemin de l’école.

Réparations à moindre coût

Evelyne Boukera est aussi devenue présidente d’une association qui pilote un beau projet : un garage dit solidaire. Membre du réseau Solidarauto, il propose une main-d’œuvre beaucoup moins chère, l’association bénéficiant de subventions, essentiellement du Département. À charge du “client”, il ne reste quasiment que le coût des pièces.

“On s’adresse à des personnes dans le besoin. Nous mettons en état leur véhicule à des prix moindres, explique Evelyne. Nous proposons aussi des prêts, des locations de voitures à 5 euros la journée, ce qui est très bas”. Le garage solidaire de Lozère propose aussi la vente de véhicules d’occasion, à partir de dons de voitures qui arrivent de toute l’Occitanie, et jusqu’à la Gironde. “Nous remettons le véhicule à neuf, il est garanti trois mois quand il sort. Nous aidons ainsi des personnes à acquérir une occasion, beaucoup moins chère que dans un garage”.

Carapattes ou pédibus menés avec des écoles, pour le retour de la marche à pied. Ici, à Florac.

3. Prochaine étape : la mise en route d’un “transport solidaire”

L’Agence Lozérienne de la Mobilité ne s’arrête pas en si bon chemin, et vient de démarrer un nouveau projet : créer du transport solidaire dans le département. En 2019, elle a fait réaliser une étude auprès des seniors habitant les communautés de communes du Haut Allier et des Terres d’Apcher. “Il s’agissait de connaître leurs difficultés, et les solutions qui pourraient selon eux les aider. La principale demande a été celle d’un transport solidaire”, explique Evelyne.

Une étude a été menée en 2019 auprès de seniors, pour connaître leurs besoins et attentes. La solution sortie en tête : la mise en place d’un transport solidaire. C’est en cours.

Avantage de la formule : “Elle permet d’être plus souple”. “La personne qui en a besoin appelle, et on cherche un bénévole qui va aller la chercher et l’amener, l’accompagner si besoin, rester avec elle et la ramener. L’idée étant de faire un véritable accompagnement présentiel, et pas seulement de déposer la personne et venir la récupérer une ou deux heures après”.

Dès la fin de l’année, si tout roule, une expérimentation devrait être conduite sur les communes de Fournels et de Saint-Chély d’Apcher. Un copilotage va être mis en place avec l’association Le Clos du Nid, une structure importante de lieux de vie pour handicapés. “Ils apporteront les chauffeurs et les voitures, et on pourra ainsi élargir le transport solidaire, puisque l’on aura plus de conducteurs. On aura à la fois les seniors et les personnes handicapées, ainsi que tous les publics qui auront des besoins manifestes”.

Un service à petit prix

Pour ne pas dévier de la loi, les trajets devront ne pas être réalisables autrement qu’en voiture, par exemple en train ou en bus. “Mais en Lozère, le train et le bus, c’est rare”, glisse Evelyne… L’association pourra aussi s’appuyer sur les bénévoles du Secours Cataholique. Pour la prochaine expérimentation, une dizaine est dans les starting-blocks pour devenir chauffeurs. Et le mouvement caritatif, habitué à visiter les plus isolés, a déjà une liste de personnes qui pourraient être intéressées.

Ces utilisateurs devront payer une participation, car le conducteur sera défrayé en fonction des dépenses engagées. “Il ne faut pas que ce soit gratuit. Cela doit rester un service, et non un droit”, souligne la présidente de l’association. Mais les sommes demandées seront largement à portée de porte-monnaie. “On y réfléchit mais on vise une participation de 30 et 40 cents par kilomètre, mais cela peut aboutir à 20 cents, car il peut y avoir une participation des services sociaux via la CAF, la MSA… qui permettra de réduire le coût pour le passager”. Au nom d’une même feuille de route : destination mobilités pour tous…

A lire également dans notre dossier #Solutions « Comment se déplacer demain »

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