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Pyrénées-Orientales – Le témoignage poignant de Fazal, jeune Afghan réfugié politique, arrivé en France en 2015 : « Ma famille me manque et depuis quelques jours je n’ai plus de contact »

Il a fui son pays et les talibans en 2015. Durant deux ans, il a traversé des pays, s’est caché avec d’autres réfugiés. Avant finalement d’arriver en France, puis à Cabestany. Les événements de ces derniers jours ravivent des blessures et des peurs chez le jeune homme.

Âgé de 26 ans, Fazal* appartient au groupe de personnes de nationalités diverses installées à Cabestany en attente du statut de réfugié, puis d’un permis de séjour. Regard baissé, visage triste, la main souvent posée sur ses yeux lorsqu’il évoque sa famille restée en Afghanistan, Fazal revient sur les raisons qui l’ont amené à fuir son pays et décrit son long et difficile périple de plus de deux ans avec d’autres réfugiés à travers de nombreux pays jusqu’en France.

Quand et pourquoi avez-vous pris la décision de fuir l’Afghanistan ?

Je ne voulais pas quitter mon pays. Si je suis parti, c’est pour sauver ma vie. Un jour de 2015, je suis sorti de l’épicerie du village tenue par mon grand-père avec qui je travaillais. Une route séparait le magasin de la petite école pour les enfants. Les talibans nous avaient déjà dit qu’ils n’étaient pas d’accord avec cette école, mais elle fonctionnait malgré tout. J’ai vu une voiture s’arrêter devant l’école et un taliban placer un paquet sur le trottoir. Il m’a vu et m’a dit de ne rien dire à personne. La voiture est repartie. J’ai tout de suite été voir les policiers. C’était une bombe qu’ils ont désamorcée. Si je n’avais rien dit, il y aurait eu beaucoup de morts. Je suis rentré chez moi et mes parents m’ont dit qu’il fallait que je parte tout de suite, car les talibans allaient venir me chercher et il y aurait des représailles sur la famille. Mon oncle a organisé ma fuite jusqu’à Kaboul où je suis parti avec d’autres personnes dans des camions en direction de l’Iran.

Aviez-vous une destination précise ? Où vouliez-vous aller ?

Je ne savais rien. Juste fuir. Je ne savais pas où j’allais. Je n’avais pas d’argent. Avec la cinquantaine d’autres personnes, dont des familles, on s’est retrouvé dans les montagnes de l’Iran à marcher, sans boire ni manger. Des enfants sont morts sur le chemin. J’ai eu plus de chance. J’ai réussi à continuer et à rejoindre d’autres pays, toujours dans la clandestinité. Cela m’a pris plus de deux ans à travers plusieurs pays comme la Turquie, la Bulgarie, la Serbie. C’était très difficile.

Comment êtes-vous arrivé en France ?

Dans un camion qui m’a déposé à Paris. J’ai vécu seul quatre mois dans la rue, puis avec d’autres réfugiés porte de la Chapelle. Grâce à une association, j’ai pu déposer une demande de statut de réfugié politique à la préfecture, que j’ai obtenu. J’ai été envoyé à Perpignan et de là à Cabestany pour être hébergé dans un HLM de la ville. Je suis maintenant en possession de mon permis de séjour. Je recherche un contrat d’apprentissage en mécanique, mais j’ai du mal à trouver.

Pensez-vous revoir votre famille un jour ?

C’est mon vœu le plus cher. Je souhaite tant pouvoir revenir un jour dans mon pays, mais tout va être de plus en plus dur maintenant pour l’Afghanistan. Les talibans font tout ce qu’ils veulent avec la population. La plupart ne sont même pas Afghans, mais Pakistanais ou Iraniens.

Comment imaginez-vous votre vie en France maintenant ?

Je suis heureux d’être en France qui m’a accueilli et que je remercie. Mais ma famille me manque et depuis quelques jours je n’ai plus de contact. J’ai très peur pour eux. Mais il me faut maintenant refaire ma vie en France, me marier et avoir des enfants.

*Face aux craintes du jeune homme, qui n’a pas voulu être photographié, un prénom d’emprunt a été utilisé.

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